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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
Bohr découvrit un trait insolite associé au saut quantique
d'un électron. Il est impossible de dire où se trouve exactement un électron pendant un saut. La transition entre orbites
(ou niveaux d'énergie) doit obligatoirement être instantanée.
Sinon, l'électron rayonnerait de l'énergie en continu tandis
qu'il passerait d'une orbite à l'autre. Dans l'atome de Bohr,
un électron ne pouvait occuper l'espace entre les orbites.
Comme par magie, il disparaissait d'une orbite pour réapparaître instantanément sur une autre.
«Je suis pleinement convaincu que le problème des raies
spectrales est intimement lié à la question de la nature du
quantum. 24 »Fait remarquable, c'est Planck qui, en février 1908,
écrivit cette phrase dans un carnet. Mais dans sa lutte incessante pour minimiser l'impact du quantum, et avant l'atome de
Rutherford, Planck ne pouvait aller plus loin. Bohr embrassa
l'idée que le rayonnement électromagnétique était émis et
absorbé par les atomes sous forme de quanta, mais en 1913 il
n'admettait pas que ce rayonnement lui-même soit quantifié.
Six ans plus tard, en 1919, peu de physiciens croyaient au
quantum de lumière d'Einstein lorsque Planck déclara dans sa
conférence Nobel que l'atome quantique de Bohr était« la clé
si longtemps cherchée de la porte s'ouvrant sur le pays des
merveilles de la spectroscopie 2 ».
Le 6 mars 1913, Bohr envoya à Rutherford la première
partie de ce qui était devenu une trilogie d'articles et lui
demanda de la transmettre au Philosophical Magazine. À
l'époque, et pour de nombreuses années à venir, tous les
jeunes chercheurs comme Bohr avaient besoin de quelqu'un
possédant l'autorité de Rutherford pour« communiquer» un
article à une revue britannique afin d'en assurer une publication rapide. «Je suis très impatient de savoir ce que vous allez
penser de tout cela 26 », écrivit-il à Rutherford. Il s'inquiétait
particulièrement de la manière dont Rutherford réagirait à
son mélange de physique quantique et «classique». Il n'eut
pas à attendre longtemps la réponse : « Vos idées sur l'origine
des spectres de l'hydrogène sont très ingénieuses et semblent
s'appliquer correctement; mais le mélange des idées de
Planck avec la mécanique traditionnelle fait qu'on a beau-
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