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LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
qui }eur avait été témoignée, Niels et Margrethe se rendirent
en Ecosse pour y passer le reste de leur voyage de noces.
Une fois rentrés à Copenhague début septembre 1912, les
Bohr emménagèrent dans une petite maison à Hellerup, prospère banlieue en bord de mer. Malgré ses références impressionnantes, Bohr n'avait guère d'espoir de trouver un emploi
immédiatement au Danemark. Il n'existait qu'une seule université, celle de Copenhague, et il y avait peu de postes disponibles en physique. Bohr avait dû accepter ùn poste d'assistant au
Polyteknisk Lcereanstalt, l'Institut polytechnique 6 • Chaque
matin, il se rendait à bicyclette à son nouveau bureau. « Il
entrait dans la cour en poussant son vélo plus vite que tout le
monde, se souvint un collègue plus tard. C'était un travailleur
infatigable, apparemment toujours pressé 7 • »Le serein fumeur
de pipe, doyen de la physique, était encore dans l'avenir.
Bohr commença aussi à enseigner la thermodynamique en
qualité de Privatdozent à l'université. Comme Einstein, il
trouva que la préparation des cours était une tâche ardue.
Toutefois, au moins un de ses étudiants apprécia ses efforts et
remercia Bohr pour « la clarté et la concision » avec lesquelles
il avait « ordonné une matière difficile » et pour « la qualité
du style » dans lequel il transmettait ces connaissances 8 • Mais
l'enseignement combiné à ses obligations d'assistant du physicien Martin Knudsen ne lui laissait guère de temps pour se
colleter avec les problèmes qui assaillaient l'atome de Rutherford. Le jeune homme pressé qu'il était progressait avec une
douloureuse lenteur. Début juillet 1912, quelques semaines
avant de quitter Manchester, il avait produit un article pour
Rutherford. Il espérait alors que ce document de travail provisoire sur la structure de l'atome, surnommé plus tard le
«mémorandum Rutherford», serait la base d'un article
publiable juste après son voyage de noces 9 • Il n'en fut rien.
« Voyez-vous, déclara Bohr un demi-siècle plus tard dans un
de ses derniers interviews, je regrette, parce que presque tout
était faux là-dedans 10 • » Il avait néanmoins identifié le
problème principal : l'instabilité de l'atome de Rutherford. La
théorie de l'électromagnétisme de Maxwell prédisait qu'un
électron gravitant autour du noyau devait émettre un rayonnement en continu. Cette perte d'énergie permanente fait
LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
qui }eur avait été témoignée, Niels et Margrethe se rendirent
en Ecosse pour y passer le reste de leur voyage de noces.
Une fois rentrés à Copenhague début septembre 1912, les
Bohr emménagèrent dans une petite maison à Hellerup, prospère banlieue en bord de mer. Malgré ses références impressionnantes, Bohr n'avait guère d'espoir de trouver un emploi
immédiatement au Danemark. Il n'existait qu'une seule université, celle de Copenhague, et il y avait peu de postes disponibles en physique. Bohr avait dû accepter ùn poste d'assistant au
Polyteknisk Lcereanstalt, l'Institut polytechnique 6 • Chaque
matin, il se rendait à bicyclette à son nouveau bureau. « Il
entrait dans la cour en poussant son vélo plus vite que tout le
monde, se souvint un collègue plus tard. C'était un travailleur
infatigable, apparemment toujours pressé 7 • »Le serein fumeur
de pipe, doyen de la physique, était encore dans l'avenir.
Bohr commença aussi à enseigner la thermodynamique en
qualité de Privatdozent à l'université. Comme Einstein, il
trouva que la préparation des cours était une tâche ardue.
Toutefois, au moins un de ses étudiants apprécia ses efforts et
remercia Bohr pour « la clarté et la concision » avec lesquelles
il avait « ordonné une matière difficile » et pour « la qualité
du style » dans lequel il transmettait ces connaissances 8 • Mais
l'enseignement combiné à ses obligations d'assistant du physicien Martin Knudsen ne lui laissait guère de temps pour se
colleter avec les problèmes qui assaillaient l'atome de Rutherford. Le jeune homme pressé qu'il était progressait avec une
douloureuse lenteur. Début juillet 1912, quelques semaines
avant de quitter Manchester, il avait produit un article pour
Rutherford. Il espérait alors que ce document de travail provisoire sur la structure de l'atome, surnommé plus tard le
«mémorandum Rutherford», serait la base d'un article
publiable juste après son voyage de noces 9 • Il n'en fut rien.
« Voyez-vous, déclara Bohr un demi-siècle plus tard dans un
de ses derniers interviews, je regrette, parce que presque tout
était faux là-dedans 10 • » Il avait néanmoins identifié le
problème principal : l'instabilité de l'atome de Rutherford. La
théorie de l'électromagnétisme de Maxwell prédisait qu'un
électron gravitant autour du noyau devait émettre un rayonnement en continu. Cette perte d'énergie permanente fait
