L'ATOME QUANTIQUE
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tant bien que mal de trouver les termes appropnes pour
énoncer clairement sa pensée, tandis que Margrethe écrivait et,
dans la foulée, corrigeait et améliorait l'anglais. Cette collaboration fonctionna si bien que, les années suivantes, Margrethe
devint effectivement sa secrétaire.
Bohr n'aimait pas écrire et s'en dispensait chaque fois qu'il
le pouvait. Il ne put terminer sa thèse de doctorat qu'en la
dictant à sa mère. ~li ne faut pas aider Niels à ce point, il faut
que tu le laisses apprendre à écrire tout seul!! », protestait son
père. En vain. Lorsqu'il prenait la plume pour de bon, Bohr
écrivait lentement et d'une manière presque illisible. « Pardessus tout, se rappela un collègue, il avait du mal à penser et
écrire en même temps 4 • )) n avait besoin de parler, de penser
tout haut à mesure qu'il développait ses idées. C'est en
bougeant qu'il pensait le mieux- en tournant autour d'une
table, d'ordinaire. Plus tard, un collaborateur, ou quiconque
qu'il puisse réquisitionner pour cette tâche, restait assis, la
plume en suspens, tandis que Bohr marchait de long en large
en dictant dans une langue ou une autre. Il y avait souvent de
longues pauses pendant lesquelles il soupesait soigneusement
un mot ou une expression. Rarement satisfait du texte d'un
article ou d'une conférence, Bohr le «récrivait» souvent
jusqu'à une douzaine de fois dans ses efforts pour exprimer sa
pensée encore plus clairement. Parfois, le résultat final de cette
recherche excessive de la précision et de la clarté conduisait le
lecteur dans une jungle où l'arbre cachait la forêt.
Le manuscrit de l'article enfin achevé et rangé en lieu sûr,
Niels et Margrethe prirent le train de Manchester. Quand ils
firent la connaissance de son épouse, Ernest et Mary Rutherford comprirent que Bohr avait eu la chance de trouver la
femme qu'il lui fallait. Leur union s'avéra stable et heureuse, et
assez forte pour supporter la mort de deux de leurs six fils
avant l'âge adulte. Rutherford était tellement impressionné par
Margrethe que, pour une fois, il en oublia presque de parler de
physique avec son jeune ami. Il trouva quand même le temps
de lire l'article de Bohr et promit de l'envoyer au Philosophical
Magazine avec son aval 5 • Soulagés et charmés par la réaction
favorable de Rutherford à l'article de Bohr et par l'hospitalité
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tant bien que mal de trouver les termes appropnes pour
énoncer clairement sa pensée, tandis que Margrethe écrivait et,
dans la foulée, corrigeait et améliorait l'anglais. Cette collaboration fonctionna si bien que, les années suivantes, Margrethe
devint effectivement sa secrétaire.
Bohr n'aimait pas écrire et s'en dispensait chaque fois qu'il
le pouvait. Il ne put terminer sa thèse de doctorat qu'en la
dictant à sa mère. ~li ne faut pas aider Niels à ce point, il faut
que tu le laisses apprendre à écrire tout seul!! », protestait son
père. En vain. Lorsqu'il prenait la plume pour de bon, Bohr
écrivait lentement et d'une manière presque illisible. « Pardessus tout, se rappela un collègue, il avait du mal à penser et
écrire en même temps 4 • )) n avait besoin de parler, de penser
tout haut à mesure qu'il développait ses idées. C'est en
bougeant qu'il pensait le mieux- en tournant autour d'une
table, d'ordinaire. Plus tard, un collaborateur, ou quiconque
qu'il puisse réquisitionner pour cette tâche, restait assis, la
plume en suspens, tandis que Bohr marchait de long en large
en dictant dans une langue ou une autre. Il y avait souvent de
longues pauses pendant lesquelles il soupesait soigneusement
un mot ou une expression. Rarement satisfait du texte d'un
article ou d'une conférence, Bohr le «récrivait» souvent
jusqu'à une douzaine de fois dans ses efforts pour exprimer sa
pensée encore plus clairement. Parfois, le résultat final de cette
recherche excessive de la précision et de la clarté conduisait le
lecteur dans une jungle où l'arbre cachait la forêt.
Le manuscrit de l'article enfin achevé et rangé en lieu sûr,
Niels et Margrethe prirent le train de Manchester. Quand ils
firent la connaissance de son épouse, Ernest et Mary Rutherford comprirent que Bohr avait eu la chance de trouver la
femme qu'il lui fallait. Leur union s'avéra stable et heureuse, et
assez forte pour supporter la mort de deux de leurs six fils
avant l'âge adulte. Rutherford était tellement impressionné par
Margrethe que, pour une fois, il en oublia presque de parler de
physique avec son jeune ami. Il trouva quand même le temps
de lire l'article de Bohr et promit de l'envoyer au Philosophical
Magazine avec son aval 5 • Soulagés et charmés par la réaction
favorable de Rutherford à l'article de Bohr et par l'hospitalité
