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LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
preuves expérimentales 73 ». Surpris par cet accueil plutôt tiède,
Bohr tenta de convaincre Rutherford « que ce serait la validation
définitive de son atome 74 ». ll échoua. Une partie du problème
résidait dans son incapacité occasionnelle à formuler ses idées
clairement. Préoccupé par la rédaction d'un livre, Rutherford ne
prit pas le temps de comprendre pleinement la signification de
ce que Bohr avait accompli. Rutherford croyait que, bien que les
particules alpha soient émises par un noyau, les particules bêta
n'étaient que des électrons atomiques éjectés d'une manière ou
d'une autre par un atome radioactif. Quoique Bohr ait essayé en
cinq occasions distinctes de le convaincre, Rutherford hésitait à
suivre son raisonnement jusqu'à sa conclusion logique 75 • Sentant
confusément que Rutherford commençait « à perdre un peu
patience 76 » avec lui et ses idées, Bohr décida de tirer un trait.
D'autres n'en restèrent pas là.
Comme Bohr, Frederick Soddy repéra rapidement les
mêmes «lois du déplacement» des éléments sur la table périodique mais, contrairement au jeune Danois, il put faire publier
ses résultats sans avoir à solliciter d'approbation d'un supérieur. Nul ne s'étonna que Soddy soit à l'avant-garde de ces
percées. Mais personne n'aurait pu deviner qu'un avocat néerlandais excentrique de quarante-deux ans, spécialisé dans
l'immobilier, allait introduire une idée qui serait d'une importance fondamentale. En juin 1911, dans une brève missive à la
revue Nature, Antoniusjohannes van den Broek hasarda que la
charge nucléaire d'un élément particulier était déterminée par
sa place dans la table périodique - son numéro atomique -,
plutôt que par son poids atomique. Inspirée par le modèle de
l'atome de Rutherford, cette idée était fondée sur diverses
suppositions qui se révélèrent bientôt fausses, notamment celle
énonçant que la charge nucléaire était égale à la moitié du
poids atomique. Rutherford fut à bon droit agacé qu'un avocat
publie «pour s'amuser un tas de conjectures sans fondement
suffisamment solide 77 ».
Son idée n'ayant pas trouvé d'écho favorable, van den
Broek récidiva et, le 27 novembre 1913, dans une autre
lettre à Nature, il abandonna l'hypothèse que la charge
nucléaire était égale à la moitié du poids atomique. Il y fut
incité par la publication des recherches approfondies de
LE GRAND ROMAN DE lA PHYSIQUE QUANTIQUE
preuves expérimentales 73 ». Surpris par cet accueil plutôt tiède,
Bohr tenta de convaincre Rutherford « que ce serait la validation
définitive de son atome 74 ». ll échoua. Une partie du problème
résidait dans son incapacité occasionnelle à formuler ses idées
clairement. Préoccupé par la rédaction d'un livre, Rutherford ne
prit pas le temps de comprendre pleinement la signification de
ce que Bohr avait accompli. Rutherford croyait que, bien que les
particules alpha soient émises par un noyau, les particules bêta
n'étaient que des électrons atomiques éjectés d'une manière ou
d'une autre par un atome radioactif. Quoique Bohr ait essayé en
cinq occasions distinctes de le convaincre, Rutherford hésitait à
suivre son raisonnement jusqu'à sa conclusion logique 75 • Sentant
confusément que Rutherford commençait « à perdre un peu
patience 76 » avec lui et ses idées, Bohr décida de tirer un trait.
D'autres n'en restèrent pas là.
Comme Bohr, Frederick Soddy repéra rapidement les
mêmes «lois du déplacement» des éléments sur la table périodique mais, contrairement au jeune Danois, il put faire publier
ses résultats sans avoir à solliciter d'approbation d'un supérieur. Nul ne s'étonna que Soddy soit à l'avant-garde de ces
percées. Mais personne n'aurait pu deviner qu'un avocat néerlandais excentrique de quarante-deux ans, spécialisé dans
l'immobilier, allait introduire une idée qui serait d'une importance fondamentale. En juin 1911, dans une brève missive à la
revue Nature, Antoniusjohannes van den Broek hasarda que la
charge nucléaire d'un élément particulier était déterminée par
sa place dans la table périodique - son numéro atomique -,
plutôt que par son poids atomique. Inspirée par le modèle de
l'atome de Rutherford, cette idée était fondée sur diverses
suppositions qui se révélèrent bientôt fausses, notamment celle
énonçant que la charge nucléaire était égale à la moitié du
poids atomique. Rutherford fut à bon droit agacé qu'un avocat
publie «pour s'amuser un tas de conjectures sans fondement
suffisamment solide 77 ».
Son idée n'ayant pas trouvé d'écho favorable, van den
Broek récidiva et, le 27 novembre 1913, dans une autre
lettre à Nature, il abandonna l'hypothèse que la charge
nucléaire était égale à la moitié du poids atomique. Il y fut
incité par la publication des recherches approfondies de
