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LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
« Rutherford est un homme sur lequel on ne peut pas se
tromper, écrivit Bohr à son frère. Il vient régulièrement
s'informer de l'avancement des recherches et parler de la
moindre broutille 60 • » Contrairement à Thomson, que Bohr
trouvait indifférent aux progrès de ses étudiants, Rutherford
«s'intéressait réellement aux travaux de tous les gens autour
de lui». Il avait un talent surprenant pour détecter les sujets
prometteurs. Onze parmi ses étudiants ou plusieurs proches
collaborateurs obtiendraient le prix Nobel de physique ou de
chimie. Dès que Bohr arriva à Manchester, Rutherford écrivit
à un ami : « Bohr, un Danois, est parti de Cambridge et a
débarqué ici pour acquérir un peu d'expérience de la
recherche en radioactivitë 1 • » Or il n'y avait rien dans ce que
Bohr avait déjà fait qui suggère qu'il était différent des autres
jeunes gens ambitieux du Cavendish, hormis le fait que c'était
un théoricien.
Rutherford avait en général une piètre opinion des théoriciens et ne manquait jamais une occasion de l'exprimer.
« Eux jouent avec leurs symboles, dit-il un jour à un collègue,
mais c'est nous qui révélons les données solides et réelles de
la nature 62 • »En une autre occasion, lorsqu'on l'invita à donner
une conférence sur les tendances de la physique moderne, il
ricana: «Les tendances de la physique moderne? Je ne peux
pas faire une communication là-dessus. Ça ne prendrait que
deux minutes. Tout ce que je pourrais dire, c'est que les
physiciens théoriciens haussent le ton et qu'il serait temps
que nous autres expérimentalistes leur mettions une
sourdine 63 ! » Cependant, le jeune Danois de vingt-six ans lui
avait fait bonne impression dès le premier jour. « Bohr est
différent, disait-il. C'est un footballeur 64 ! »
Chaque jour, en fin d'après-midi, le travail au laboratoire
s'interrompait lorsque étudiants et enseignants se rassemblaient pour bavarder autour du thé, des petits gâteaux et des
tartines beurrées. Rutherford était là, perché sur un tabouret,
et avait toujours beaucoup de choses à dire, que la conversation roule sur la politique ou sur le sport. Mais, la plupart du
temps, on parlait simplement de physique, et notamment de
l'atome et de la radioactivité. Rutherford avait réussi à créer
une culture où il y avait de la découverte dans l'air, où on
LE GRAND ROMAN DE LA PHYSIQUE QUANTIQUE
« Rutherford est un homme sur lequel on ne peut pas se
tromper, écrivit Bohr à son frère. Il vient régulièrement
s'informer de l'avancement des recherches et parler de la
moindre broutille 60 • » Contrairement à Thomson, que Bohr
trouvait indifférent aux progrès de ses étudiants, Rutherford
«s'intéressait réellement aux travaux de tous les gens autour
de lui». Il avait un talent surprenant pour détecter les sujets
prometteurs. Onze parmi ses étudiants ou plusieurs proches
collaborateurs obtiendraient le prix Nobel de physique ou de
chimie. Dès que Bohr arriva à Manchester, Rutherford écrivit
à un ami : « Bohr, un Danois, est parti de Cambridge et a
débarqué ici pour acquérir un peu d'expérience de la
recherche en radioactivitë 1 • » Or il n'y avait rien dans ce que
Bohr avait déjà fait qui suggère qu'il était différent des autres
jeunes gens ambitieux du Cavendish, hormis le fait que c'était
un théoricien.
Rutherford avait en général une piètre opinion des théoriciens et ne manquait jamais une occasion de l'exprimer.
« Eux jouent avec leurs symboles, dit-il un jour à un collègue,
mais c'est nous qui révélons les données solides et réelles de
la nature 62 • »En une autre occasion, lorsqu'on l'invita à donner
une conférence sur les tendances de la physique moderne, il
ricana: «Les tendances de la physique moderne? Je ne peux
pas faire une communication là-dessus. Ça ne prendrait que
deux minutes. Tout ce que je pourrais dire, c'est que les
physiciens théoriciens haussent le ton et qu'il serait temps
que nous autres expérimentalistes leur mettions une
sourdine 63 ! » Cependant, le jeune Danois de vingt-six ans lui
avait fait bonne impression dès le premier jour. « Bohr est
différent, disait-il. C'est un footballeur 64 ! »
Chaque jour, en fin d'après-midi, le travail au laboratoire
s'interrompait lorsque étudiants et enseignants se rassemblaient pour bavarder autour du thé, des petits gâteaux et des
tartines beurrées. Rutherford était là, perché sur un tabouret,
et avait toujours beaucoup de choses à dire, que la conversation roule sur la politique ou sur le sport. Mais, la plupart du
temps, on parlait simplement de physique, et notamment de
l'atome et de la radioactivité. Rutherford avait réussi à créer
une culture où il y avait de la découverte dans l'air, où on
