LE DANOIS EN OR
105
découverte qui lui vaudrait la chaire de professeur à
Manchester et un prix Nobel.
En octobre 1901, Rutherford et Frederick Soddy, vingt-cinq
ans, chimiste britannique à l'université McGill de Montréal,
commencèrent à étudier ensemble le thorium et son rayonnement. Ils s'aperçurent bientôt qu'il était peut-être en train de
se transformer en un autre élément. Stupéfait par cette idée,
Soddy se rappela avoir laissé échapper: «C'est de la transmutation!- Pour l'amour du ciel, Soddy, l'avertit Rutherford,
ne parlez pas de transmutation. Nous allons avoir la tête tranchée comme alchimistes 34 • »
Ils furent bientôt convaincus que la radioactivité était la
transformation d'un élément en un autre via l'émission d'un
rayonnement. Cette théorie hérétique fut généralement
accueillie avec scepticisme, mais les preuves expérimentales
devinrent rapidement écrasantes. Leurs adversaires durent
mettre au rancart leurs croyances en l'immutabilité de la
matière. Le rêve de l'alchimiste était devenu un fait scientifique : tous les éléments radioactifs se transformaient spontanément en d'autres éléments, leur période mesurant le temps
que mettent la moitié de leurs atomes à évoluer ainsi.
«Jeune, énergique, turbulent, il évoquait tout sauf un
scientifique.» Tel est le souvenir que Chaim Weizmann, futur
premier président d'Israël, mais à l'époque chimiste à
Manchester, conserva de Rutherford. «Il s'exprimait facilement et énergiquement sur n'importe quel sujet, souvent sans
rien y connaître. Quand je descendais déjeuner au réfectoire,
j'entendais sa voix puissante et amicale se répercuter dans le
couloir 5 • » Weizmann jugea Rutherford «dépourvu de tout
sens ou sentiment politiques, tellement il était pris par ses
travaux scientifiques d'importance historique 36 ». Au centre
de ces travaux se trouverait l'utilisation par Rutherford de la
particule alpha pour sonder l'atome.
Mais qu'était exactement une particule alpha? C'était une
question qui contrariait Rutherford depuis longtemps après
qu'il eut découvert que les « rayons » alpha étaient en fait des
particules positives qui étaient déviées par des champs magnétiques puissants. Il pensait qu'une particule alpha était un ion
hélium - un atome d'hélium qui avait perdu ses deux élee-
105
découverte qui lui vaudrait la chaire de professeur à
Manchester et un prix Nobel.
En octobre 1901, Rutherford et Frederick Soddy, vingt-cinq
ans, chimiste britannique à l'université McGill de Montréal,
commencèrent à étudier ensemble le thorium et son rayonnement. Ils s'aperçurent bientôt qu'il était peut-être en train de
se transformer en un autre élément. Stupéfait par cette idée,
Soddy se rappela avoir laissé échapper: «C'est de la transmutation!- Pour l'amour du ciel, Soddy, l'avertit Rutherford,
ne parlez pas de transmutation. Nous allons avoir la tête tranchée comme alchimistes 34 • »
Ils furent bientôt convaincus que la radioactivité était la
transformation d'un élément en un autre via l'émission d'un
rayonnement. Cette théorie hérétique fut généralement
accueillie avec scepticisme, mais les preuves expérimentales
devinrent rapidement écrasantes. Leurs adversaires durent
mettre au rancart leurs croyances en l'immutabilité de la
matière. Le rêve de l'alchimiste était devenu un fait scientifique : tous les éléments radioactifs se transformaient spontanément en d'autres éléments, leur période mesurant le temps
que mettent la moitié de leurs atomes à évoluer ainsi.
«Jeune, énergique, turbulent, il évoquait tout sauf un
scientifique.» Tel est le souvenir que Chaim Weizmann, futur
premier président d'Israël, mais à l'époque chimiste à
Manchester, conserva de Rutherford. «Il s'exprimait facilement et énergiquement sur n'importe quel sujet, souvent sans
rien y connaître. Quand je descendais déjeuner au réfectoire,
j'entendais sa voix puissante et amicale se répercuter dans le
couloir 5 • » Weizmann jugea Rutherford «dépourvu de tout
sens ou sentiment politiques, tellement il était pris par ses
travaux scientifiques d'importance historique 36 ». Au centre
de ces travaux se trouverait l'utilisation par Rutherford de la
particule alpha pour sonder l'atome.
Mais qu'était exactement une particule alpha? C'était une
question qui contrariait Rutherford depuis longtemps après
qu'il eut découvert que les « rayons » alpha étaient en fait des
particules positives qui étaient déviées par des champs magnétiques puissants. Il pensait qu'une particule alpha était un ion
hélium - un atome d'hélium qui avait perdu ses deux élee-
