Chapitre 8
237
Un peu d’histoire :
Rumford, un aventurier qui
« pèse » la chaleur
*
Par Philippe Depondt
Université Pierre et Marie Curie, Paris
Il s’appelait en fait Benjamin Thompson (1753-1814)
et était américain de Woburn, Massachussetts [40].
Il eut d’abord de nombreuses et éclectiques occupations : employé dans un magasin, instituteur, étudiant en médecine. . . Toutefois, quand la révolution
américaine survint, la Nouvelle Angleterre où il
habitait se trouva au cœur du conflit ; Thompson
choisit le camp loyaliste et devint agent secret pour
les Anglais. Au moment de la déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique en 1776, prudemment, il partit pour l’Angleterre.
Il entreprit alors des recherches sur les projectiles
et entra à la Royal Society en 1779. Il retourna cependant en Amérique en 1782 toujours pour y combattre du côté anglais, mais la paix fut déclarée l’année suivante. Il fut anobli baron Rumford par le roi
George iii en récompense de ses services. Il devint
alors conseiller de l’électeur de Bavière, puis ministre de la guerre. Pendant les 14 ans passés en
Bavière, il réforma l’armée, institua des aides pour
les nécessiteux, créa le célèbre « Jardin Anglais »
(Englisher Garten) à Munich. Il retourna ensuite en
Angleterre, pour finalement s’installer en France en
1805 où il fit un mariage – désastreux – avec Marie
Lavoisier, la veuve du chimiste décapité pendant la
révolution française.
Au cours de cette vie aventureuse, il trouva le
moyen de faire au moins deux découvertes importantes. Dans le cadre de la théorie du calorique, il
tenta de peser la chaleur, en pesant des corps portés
à différentes températures. De ces tentatives infructueuses, il déduisit que la chaleur n’a pas de poids.
Ensuite, au cours de ses activités de ministre de la
guerre, il faisait forer des canons et observa en 1798
que l’action du forage échauffait les fûts au point
de faire bouillir de l’eau. Il comprit que la quantité
de chaleur ainsi dégagée n’était pas limitée par la
quantité de matière qui la contenait. Il en déduisit
que cette chaleur n’était pas contenue dans la matière mais produite par le travail des chevaux qui
actionnaient le foret : une préfiguration du premier
principe de Joule.
L’histoire des sciences comporte aussi quelques personnages plutôt romanesques !
Figure 8.12 – Sir Benjamin Thompson de Rumford, combattant milicien, agent secret, architecte, ministre de
guerre, expérimentateur hardi, séducteur cosmopolite, et
bien sûr, thermodynamicien.
Gravure par J. P. P. Rauschmayr, 1797 (domaine public)
https://thermodynamique.fr – CC-by-sa Olivier Cleynen
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Un peu d’histoire :
Rumford, un aventurier qui
« pèse » la chaleur
*
Par Philippe Depondt
Université Pierre et Marie Curie, Paris
Il s’appelait en fait Benjamin Thompson (1753-1814)
et était américain de Woburn, Massachussetts [40].
Il eut d’abord de nombreuses et éclectiques occupations : employé dans un magasin, instituteur, étudiant en médecine. . . Toutefois, quand la révolution
américaine survint, la Nouvelle Angleterre où il
habitait se trouva au cœur du conflit ; Thompson
choisit le camp loyaliste et devint agent secret pour
les Anglais. Au moment de la déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique en 1776, prudemment, il partit pour l’Angleterre.
Il entreprit alors des recherches sur les projectiles
et entra à la Royal Society en 1779. Il retourna cependant en Amérique en 1782 toujours pour y combattre du côté anglais, mais la paix fut déclarée l’année suivante. Il fut anobli baron Rumford par le roi
George iii en récompense de ses services. Il devint
alors conseiller de l’électeur de Bavière, puis ministre de la guerre. Pendant les 14 ans passés en
Bavière, il réforma l’armée, institua des aides pour
les nécessiteux, créa le célèbre « Jardin Anglais »
(Englisher Garten) à Munich. Il retourna ensuite en
Angleterre, pour finalement s’installer en France en
1805 où il fit un mariage – désastreux – avec Marie
Lavoisier, la veuve du chimiste décapité pendant la
révolution française.
Au cours de cette vie aventureuse, il trouva le
moyen de faire au moins deux découvertes importantes. Dans le cadre de la théorie du calorique, il
tenta de peser la chaleur, en pesant des corps portés
à différentes températures. De ces tentatives infructueuses, il déduisit que la chaleur n’a pas de poids.
Ensuite, au cours de ses activités de ministre de la
guerre, il faisait forer des canons et observa en 1798
que l’action du forage échauffait les fûts au point
de faire bouillir de l’eau. Il comprit que la quantité
de chaleur ainsi dégagée n’était pas limitée par la
quantité de matière qui la contenait. Il en déduisit
que cette chaleur n’était pas contenue dans la matière mais produite par le travail des chevaux qui
actionnaient le foret : une préfiguration du premier
principe de Joule.
L’histoire des sciences comporte aussi quelques personnages plutôt romanesques !
Figure 8.12 – Sir Benjamin Thompson de Rumford, combattant milicien, agent secret, architecte, ministre de
guerre, expérimentateur hardi, séducteur cosmopolite, et
bien sûr, thermodynamicien.
Gravure par J. P. P. Rauschmayr, 1797 (domaine public)
https://thermodynamique.fr – CC-by-sa Olivier Cleynen
