Adopter une approche agile
CHAPITRE 7
221
Initialiser la conduite du changement
Les interviews sont, très tôt, un moyen de faire passer des messages, pour sensibiliser,
convaincre, argumenter et initialiser la conduite du changement.
Pourquoi faut-il accompagner le changement ?
Le changement de méthodologie de travail que l’on introduit répond à une nécessité. Il
peut être issu de la propre volonté de l’équipe ou imposé par un facteur externe.
Qu’il soit souhaité ou subi, le changement représente toujours une transformation,
c’est-à-dire un passage entre deux états d’équilibre, qui génère de l’incertitude et de la
complexité. Un changement de méthode de travail est une perte de repères opérationnels
et peut occasionner un déséquilibre identitaire. Cette période de transition peut s’apparenter à la traversée du gué (pour passer du point A au point B) : c’est ce que l’on appelle
la « vallée du désespoir » (figure 7-5).
Une première partie de la courbe montre que le changement est subi : en phase de déni,
l’équipe refuse le changement (« Ce n’est pas possible, ce n’est pas le moment, ce n’est
pas pour nous ! »), en phase de colère, l’équipe se rebelle, parfois violemment (« Ce
n’est pas juste, qu’est-ce que cela changera ? ») ; la peur de perdre quelque chose sans en
voir les bénéfices et la crainte de changer amènent à « marchander », à négocier un délai,
par exemple, ou une évolution moins radicale, en conservant certaines pratiques (« Je
comprends mais je n’ai pas d’intérêt à changer. »).
Au creux de la courbe c’est la tristesse, car l’équipe réalise que le changement est inéluctable (« Il n’y a plus rien à faire… »).
« Pour mettre en place des tests de recette nous avons choisi l’outil X (qui demande un certain
temps d’apprentissage). » Je leur dis : « Ce n’est pas d’un outil de test dont vous avez besoin,
c’est d’un test. » Sous-entendu : « Ce qui est important, c’est la démarche intellectuelle et relationnelle qui vous amène à élaborer, en accord avec le client, un test de recette et à l’automatiser. » L’outil est secondaire, il doit être subordonné à cette démarche. Donc, partir de l’outil,
c’est « mettre la charrue avant les bœufs ».
Du côté des demandeurs, des clients, une erreur fréquente consiste à soutenir la méthode
« pour faire plaisir » aux développeurs, en tout cas à considérer que c’est une faveur qu’on leur
fait. C’est absurde, ce sont des professionnels qui travaillent à répondre à une demande et qui
sont rémunérés pour cela. Si on fait le choix d’utiliser eXtreme Programming, c’est pour en retirer un bénéfice, et c’est tout.
Je leur dis : « Impliquez-vous dans l’utilisation de la méthode, apprenez à utiliser la vélocité
comme outil de contrôle et de pilotage de vos informaticiens et de la valeur qu’ils vous
livrent. Exigez de pouvoir lire, comprendre et modifier les tests de recette, qui vous donneront
la meilleure visibilité sur cet objet invisible qu’est le code d’un système informatique. Exigez
des résultats et jugez de la méthode sur les résultats. »
GestProjInform Livre Page 221 Vendredi, 3. avril 2009 12:07 12
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