“paleoclimatique_t2” — 2013/10/24 — 11:38 — page 424 — #447
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Paléoclimatologie
perdure longtemps dans l’atmosphère, cette fonte pourrait être irréversible, au
sens où on n’obtiendrait plus de neige pérenne au Groenland (Charbit et al.,
2008 [8]). Enfin, il y a un troisième horizon, beaucoup plus lointain, pour lequel on peut se poser la question suivante : depuis 1 million d’années, notre
climat oscille entre périodes glaciaires (longues : environ 100 000 ans) et interglaciaires (courtes : environ 10 000 ans). Est-il possible que la perturbation
anthropique, en fragilisant les deux calottes actuelles (et qui participent peu
aux variations du niveau marin lors des transitions glaciaires-interglaciaires),
nous fasse basculer dans un autre mode climatique sans calotte de glace, semblable à celui des climats chauds de la Terre, antérieurs au Quaternaire ? En
d’autres termes, est-ce que la perturbation anthropique, peut induire des modifications telles que la prochaine baisse marquée d’insolation estivale, dans
∼108 000 ans (Loutre et Berger, 2000 [20]) pourrait avoir pour effet de ne pas
produire une glaciation ?
Même si cette question paraît très « futuriste », nous avons de bonnes raisons de penser, comme cela a été exposé dans ce livre, que les cycles glaciairesinterglaciaires, que l’on a connus depuis ce dernier million d’années, ne se
produiront plus, car le niveau élevé de CO 2 ne permettra plus à la baisse d’insolation de produire des oscillations glaciaires-interglaciaires. C’est d’ailleurs
ce que suggèrent les résultats des simulations effectuées pour des périodes
telles que le Pliocène situé autour de 3 Ma où le taux de CO 2 est estimé à
405 ± 50 ppm.
Dans ces scénarios, un aspect fondamental est le temps de résidence très
long du CO 2 dans l’atmosphère, qui est de plusieurs dizaines, voire plusieurs
centaines de milliers d’années. La perturbation anthropique a beau être immédiate, ses conséquences vont perdurer longtemps dans l’atmosphère, et la
petite « musique » de Milankovitch, qui habituellement permet, grâce à une
réponse profondément non linéaire, de passer d’un monde interglaciaire à un
monde glaciaire peut ainsi devenir inopérante.
Mais n’est-ce pas un peu présomptueux de penser que des centaines d’années de « débauche énergétique » conduisant à une très forte augmentation
de CO 2 dans l’atmosphère se feront encore sentir dans des dizaines de milliers
d’années ?
Sans doute, mais d’un autre côté, il n’est pas inutile de savoir que l’existence de calotte de glace, comme le montre l’étude des climats du passé de la
Terre, est associée à de bas niveaux de CO 2 . Il est donc somme toute logique,
que dans un monde, qui, pour des raisons anthropiques, va durablement garder des taux de CO 2 atmosphérique élevés, le comportement des calottes de
glace à court et moyen termes va changer.
Le monde tel qu’il était au début du Tertiaire (avec 1 120 ppm de CO 2 dans
l’atmosphère), est un monde chaud. L’Antarctique est déjà en position polaire
depuis la fin du Crétacé (il y a 70 Ma), mais loin de supporter une calotte de
glace, il est couvert de forêts. Pas l’ombre d’une calotte de glace, jusqu’à ce que
le taux de CO 2 baisse suffisamment pour déclencher l’englacement progressif
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Paléoclimatologie
perdure longtemps dans l’atmosphère, cette fonte pourrait être irréversible, au
sens où on n’obtiendrait plus de neige pérenne au Groenland (Charbit et al.,
2008 [8]). Enfin, il y a un troisième horizon, beaucoup plus lointain, pour lequel on peut se poser la question suivante : depuis 1 million d’années, notre
climat oscille entre périodes glaciaires (longues : environ 100 000 ans) et interglaciaires (courtes : environ 10 000 ans). Est-il possible que la perturbation
anthropique, en fragilisant les deux calottes actuelles (et qui participent peu
aux variations du niveau marin lors des transitions glaciaires-interglaciaires),
nous fasse basculer dans un autre mode climatique sans calotte de glace, semblable à celui des climats chauds de la Terre, antérieurs au Quaternaire ? En
d’autres termes, est-ce que la perturbation anthropique, peut induire des modifications telles que la prochaine baisse marquée d’insolation estivale, dans
∼108 000 ans (Loutre et Berger, 2000 [20]) pourrait avoir pour effet de ne pas
produire une glaciation ?
Même si cette question paraît très « futuriste », nous avons de bonnes raisons de penser, comme cela a été exposé dans ce livre, que les cycles glaciairesinterglaciaires, que l’on a connus depuis ce dernier million d’années, ne se
produiront plus, car le niveau élevé de CO 2 ne permettra plus à la baisse d’insolation de produire des oscillations glaciaires-interglaciaires. C’est d’ailleurs
ce que suggèrent les résultats des simulations effectuées pour des périodes
telles que le Pliocène situé autour de 3 Ma où le taux de CO 2 est estimé à
405 ± 50 ppm.
Dans ces scénarios, un aspect fondamental est le temps de résidence très
long du CO 2 dans l’atmosphère, qui est de plusieurs dizaines, voire plusieurs
centaines de milliers d’années. La perturbation anthropique a beau être immédiate, ses conséquences vont perdurer longtemps dans l’atmosphère, et la
petite « musique » de Milankovitch, qui habituellement permet, grâce à une
réponse profondément non linéaire, de passer d’un monde interglaciaire à un
monde glaciaire peut ainsi devenir inopérante.
Mais n’est-ce pas un peu présomptueux de penser que des centaines d’années de « débauche énergétique » conduisant à une très forte augmentation
de CO 2 dans l’atmosphère se feront encore sentir dans des dizaines de milliers
d’années ?
Sans doute, mais d’un autre côté, il n’est pas inutile de savoir que l’existence de calotte de glace, comme le montre l’étude des climats du passé de la
Terre, est associée à de bas niveaux de CO 2 . Il est donc somme toute logique,
que dans un monde, qui, pour des raisons anthropiques, va durablement garder des taux de CO 2 atmosphérique élevés, le comportement des calottes de
glace à court et moyen termes va changer.
Le monde tel qu’il était au début du Tertiaire (avec 1 120 ppm de CO 2 dans
l’atmosphère), est un monde chaud. L’Antarctique est déjà en position polaire
depuis la fin du Crétacé (il y a 70 Ma), mais loin de supporter une calotte de
glace, il est couvert de forêts. Pas l’ombre d’une calotte de glace, jusqu’à ce que
le taux de CO 2 baisse suffisamment pour déclencher l’englacement progressif
