“reuss” — 2007/1/9 — 17:32 — page 33 — #47
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2 - La genèse de l’énergie nucléaire
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nature seraient trop pesantes pour être transportées par avion
4 .
Les États-Unis n’ont que de faibles ressources en uranium. Le Canada est assez bien
pourvu, ainsi que l’ancienne Tchécoslovaquie, mais les principaux gisements sont au
Congo belge.
Devant cette situation, vous souhaiterez peut-être disposer d’un contact permanent
entre le gouvernement et le groupe des physiciens qui travaillent en Amérique sur la
réaction en chaîne. Une des possibilités serait de donner cette tâche à une personne
qui a votre confiance et pourrait le faire à titre officieux. Cette personne devrait être
chargée des missions suivantes :
a. Rencontrer les différents ministères, les tenir informés des développements à venir, faire des propositions d’action au gouvernement, en accordant une attention particulière à la question de l’approvisionnement américain en uranium.
b. Accélérer les travaux expérimentaux qui sont actuellement menés sur des budgets universitaires limités, en leur apportant un financement complémentaire, si besoin
est, grâce à des contacts avec des personnes privées désireuses d’aider cette cause et
en obtenant peut-être collaboration de laboratoires industriels disposant des équipements requis.
J’ai appris que l’Allemagne vient d’arrêter toute vente d’uranium extrait des mines
de Tchécoslovaquie dont elle s’est emparée. Le fils du vice-ministre des affaires étrangères allemand, von Weizsäcker, travaille à l’Institut Kaiser Wilhelm de Berlin, où l’on
a entrepris de répéter des expériences américaines sur l’uranium. Voilà ce qui explique
peut-être la rapidité de cette décision.
Sincèrement vôtre.
Albert Einstein
Roosevelt ne prendra connaissance de cette lettre que le 11 octobre. Il nomme alors
un « Uranium Committee » (Comité consultatif de l’uranium), mais ne le dote que de
6 000 dollars. Il se passera deux ans avant que l’affaire ne soit réellement prise au sérieux :
le 6 décembre 1941, la veille de l’attaque de Pearl Harbor et de l’entrée en guerre des
États-Unis, est lancé ce qui s’appellera quelques mois plus tard le « Manhattan Project »
ou « Manhattan Engineering District » (projet Manhattan).
Rapidement, ce projet prend une grande ampleur : dirigé par le général Leslie Groves,
il rassemblera jusqu’à 130 000 chercheurs
5 , ingénieurs et techniciens. On a chiffré à 2
milliards de dollars de l’époque, soit environ 20 milliards de dollars d’aujourd’hui, le coût
de ce projet. Les équipes chargées de la conception de la bombe — plusieurs milliers de
savants sous la direction scientifique de Robert Oppenheimer — vécurent enfermées avec
leurs familles pendant trois ans dans un centre créé de toutes pièces, Los Alamos, dans le
Nouveau Mexique.
5 Parmi ceux qui furent associés plus ou moins directement au projet, on dénombre 21 prix Nobel ou futurs
prix Nobel ; en voici la liste : Luis Alvarez (physique, 1968), Hans Bethe (physique, 1967), Aage Niels Bohr (physique, 1975), Niels Bohr (physique, 1922), Sir James Chadwick (physique, 1935), Owen Chamberlain (physique,
1959), Arthur H. Compton (physique, 1927), Albert Einstein (physique, 1921), Enrico Fermi (physique, 1938),
Richard Feynman (physique, 1965), James Franck (physique, 1925), Ernest O. Lawrence (physique, 1939), Edwin
McMillan (chimie, 1951), Isidore I. Rabi (physique, 1944), Leo J. Rainwater (physique, 1975), Norman Ramsey
(chimie, 1904), Julian Schwinger (physique, 1965), Glenn Seaborg (chimie, 1951), Emilio Segrè (physique, 1959),
Harold Urey (chimie, 1934), Eugene Wigner (physique, 1963).
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