“reuss” — 2007/1/9 — 17:32 — page 32 — #46
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L’épopée de l’énergie nucléaire
très semblables à celles que voulaient faire Joliot y sont menées. En particulier, le Canada
qui a pu se procurer de l’eau lourde aux États-Unis, approche de très près la criticité. Les
Canadiens réaliseront dès 1945 la condition critique sur leur pile à eau lourde Zeep à
Chalk River. Ils resteront fidèles, par la suite, à la « filière » à eau lourde. Les Britanniques
feront diverger leur premier réacteur, Gleep, le 15 août 1945.
On sait aussi que l’Allemagne, elle aussi très active dans les années 1930, poursuit
des recherches. Les Alliés n’en connaissent pas le détail mais craignent que ce pays mette
au point l’arme absolue : pour les Américains, ce sera une importante stimulation pour
entreprendre et accélérer leurs propres recherches. Après la guerre on constatera que cette
crainte n’était pas fondée, car les Allemands furent loin d’aboutir ; cependant, ils mirent au
point un procédé de séparation des isotopes de l’uranium, l’ultracentrifugation, mais sans
atteindre toutefois l’échelle industrielle et sans avoir développé la conception de l’arme
proprement dite.
Le projet Manhattan
Aux États-Unis, le physicien d’origine hongroise Leo Szilard a compris les potentialités de
la réaction de fissions en chaîne pour réaliser une arme terrifiante. Hanté par la crainte
que les Allemands la réalisent avant les Alliés, il cherche comment alerter le Président.
Einstein, qui jouit d’une grande notoriété, lui paraît être celui qui pourra être entendu.
Avec l’aide d’Eugene Wigner, il prend contact avec lui et propose à sa signature une
version courte et une version longue : c’est cette dernière qu’Einstein signera et enverra au
Président Franklin Roosevelt le 2 août 1939.
Lettre d’Albert Einstein à Franklin Roosevelt (traduction Le Monde 2, 26 mars 2005).
2 août 1939,
Monsieur,
Un travail récent d’E. Fermi et L. Szilard, dont on m’a communiqué le manuscrit, me
conduit à penser que l’uranium va pouvoir être converti en une nouvelle et importante
source d’énergie dans un futur proche. Certains aspects de cette situation nouvelle demandent une grande vigilance et, si nécessaire, une action rapide du gouvernement. Je
considère qu’il est donc de mon devoir d’attirer votre attention sur les faits et recommandations suivants :
Au cours des quatre derniers mois, grâce aux travaux de Joliot en France et à ceux
de Fermi et Szilard en Amérique, il est devenu possible d’envisager une réaction nucléaire en chaîne dans une grande quantité d’uranium, laquelle permettrait de générer
beaucoup d’énergie et de très nombreux éléments de type radium. Aujourd’hui, il est
pratiquement certain que cela pourra être obtenu dans un futur proche. Ce fait nouveau
pourrait aussi conduire à la réalisation de bombes, et l’on peut concevoir — même si
ici il y a moins de certitudes — que des bombes d’un genre nouveau et d’une extrême
puissance pourraient être construites. Une seule bombe de ce type, transportée par
un navire et explosant dans un port, pourrait en détruire toutes les installations ainsi
qu’une partie du territoire environnant. On estime néanmoins que des bombes de cette
4 Sur ce point, la prédiction s’avérera inexacte.
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