“reuss” — 2007/1/9 — 17:32 — page xii — #12
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L’épopée de l’énergie nucléaire
Paul Reuss prend acte, sans s’y attarder, de l’impact des associations relayées par l’opinion publique sur le développement des programmes de centrales nucléaires. Il note que
les inquiétudes principales évoluent avec l’actualité : retombées radioactives des essais
nucléaires dans les années 1960, accident de Tchernobyl en 1986, discussions sur le stockage des déchets nucléaires aujourd’hui, sans entrer dans la controverse sur le décalage
entre des risques perçus comme très élevés et les risques réels. Ce sont ces derniers que
scientifiques et techniciens se sont attachés à réduire depuis les tout débuts de l’industrie
nucléaire en France. C’est en effet une singularité de cette industrie que les questions de
sûreté et de sécurité aient été prises en compte, de l’intérieur, aux différentes étapes de son
développement. Je pense qu’on doit à cette approche, menée dans le cadre d’établissements publics, la remarquable absence d’accidents graves en France. L’énergie nucléaire,
comme l’indique l’auteur, a atteint sa maturité, les compétences se sont diversifiées et
multipliées. Les conditions sont réunies pour que les autorités de contrôle compétentes
acquièrent leur totale indépendance.
Au sortir de la guerre, la recherche fondamentale en physique nucléaire et radiochimie
a rendu possible la construction des premiers réacteurs et la formation des spécialistes du
nucléaire. Une dizaine d’années plus tard, les liens entre physiciens et ingénieurs, entre
CNRS et universités d’une part, et CEA de l’autre, s’étaient distendus au point de quasi disparaître sur toutes les questions touchant aux applications (sauf peut-être en radiochimie).
Frédéric Joliot-Curie obtint alors que l’INSTN nouvellement créé pour l’enseignement en
génie atomique, soit placé sous la double tutelle du CEA et de l’Éducation nationale. L’absence d’intérêt des organismes de recherche fondamentale combinée aux réticences du
CEA, plus tard aussi d’EDF, Cogema ou même Andra, perdura malheureusement pendant
de longues années, freinant les initiatives. Après Tchernobyl, lors des débats sur l’énergie
nucléaire, on ne put que constater, et pas seulement en France, un déficit de recherche en
amont tant sur de nouvelles filières de réacteurs que sur les déchets nucléaires.
Les programmes de recherches amorcés depuis une quinzaine d’années marquent le
renouvellement des approches et un retour aux sources avec le développement de collaborations organisées entre les différents acteurs de la recherche. Le bouillonnement des
recherches en cours est évoqué à travers le témoignage d’un jeune chercheur du CNRS,
formant contrepoint au témoignage d’un pionnier du calcul des réacteurs au CEA.
Les conditions me semblent réunies pour que s’ouvre un nouveau cycle de l’histoire
de l’énergie nucléaire. Le dernier chapitre du livre évoque les perspectives à moyen et
plus long terme. Il montre en effet, non que le chemin est tout tracé, mais que des voies
multiples sont ouvertes. Face au changement climatique induit par l’effet de serre, la nécessité absolue de réduire l’utilisation des combustibles fossiles sans même attendre leur
épuisement, impose de conjuguer tous les efforts. Économies d’énergie prioritairement,
développement des énergies solaires et éoliennes, parc de centrales nucléaires capables
de fournir les grandes quantités d’énergie concentrée nécessaires aux grands centres urbains et industriels entre autres.
Hélène LANGEVIN-JOLIOT
Directeur de recherches émérite au CNRS
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L’épopée de l’énergie nucléaire
Paul Reuss prend acte, sans s’y attarder, de l’impact des associations relayées par l’opinion publique sur le développement des programmes de centrales nucléaires. Il note que
les inquiétudes principales évoluent avec l’actualité : retombées radioactives des essais
nucléaires dans les années 1960, accident de Tchernobyl en 1986, discussions sur le stockage des déchets nucléaires aujourd’hui, sans entrer dans la controverse sur le décalage
entre des risques perçus comme très élevés et les risques réels. Ce sont ces derniers que
scientifiques et techniciens se sont attachés à réduire depuis les tout débuts de l’industrie
nucléaire en France. C’est en effet une singularité de cette industrie que les questions de
sûreté et de sécurité aient été prises en compte, de l’intérieur, aux différentes étapes de son
développement. Je pense qu’on doit à cette approche, menée dans le cadre d’établissements publics, la remarquable absence d’accidents graves en France. L’énergie nucléaire,
comme l’indique l’auteur, a atteint sa maturité, les compétences se sont diversifiées et
multipliées. Les conditions sont réunies pour que les autorités de contrôle compétentes
acquièrent leur totale indépendance.
Au sortir de la guerre, la recherche fondamentale en physique nucléaire et radiochimie
a rendu possible la construction des premiers réacteurs et la formation des spécialistes du
nucléaire. Une dizaine d’années plus tard, les liens entre physiciens et ingénieurs, entre
CNRS et universités d’une part, et CEA de l’autre, s’étaient distendus au point de quasi disparaître sur toutes les questions touchant aux applications (sauf peut-être en radiochimie).
Frédéric Joliot-Curie obtint alors que l’INSTN nouvellement créé pour l’enseignement en
génie atomique, soit placé sous la double tutelle du CEA et de l’Éducation nationale. L’absence d’intérêt des organismes de recherche fondamentale combinée aux réticences du
CEA, plus tard aussi d’EDF, Cogema ou même Andra, perdura malheureusement pendant
de longues années, freinant les initiatives. Après Tchernobyl, lors des débats sur l’énergie
nucléaire, on ne put que constater, et pas seulement en France, un déficit de recherche en
amont tant sur de nouvelles filières de réacteurs que sur les déchets nucléaires.
Les programmes de recherches amorcés depuis une quinzaine d’années marquent le
renouvellement des approches et un retour aux sources avec le développement de collaborations organisées entre les différents acteurs de la recherche. Le bouillonnement des
recherches en cours est évoqué à travers le témoignage d’un jeune chercheur du CNRS,
formant contrepoint au témoignage d’un pionnier du calcul des réacteurs au CEA.
Les conditions me semblent réunies pour que s’ouvre un nouveau cycle de l’histoire
de l’énergie nucléaire. Le dernier chapitre du livre évoque les perspectives à moyen et
plus long terme. Il montre en effet, non que le chemin est tout tracé, mais que des voies
multiples sont ouvertes. Face au changement climatique induit par l’effet de serre, la nécessité absolue de réduire l’utilisation des combustibles fossiles sans même attendre leur
épuisement, impose de conjuguer tous les efforts. Économies d’énergie prioritairement,
développement des énergies solaires et éoliennes, parc de centrales nucléaires capables
de fournir les grandes quantités d’énergie concentrée nécessaires aux grands centres urbains et industriels entre autres.
Hélène LANGEVIN-JOLIOT
Directeur de recherches émérite au CNRS
