Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
génie de la maison en mathématiques, alors plongé dans un marathon de programmation qui dura dix-huit mois, motivé par les
implications philosophiques du jeu LIFE (« jeu de la vie ») 7 .
Les membres de ce groupe soudé se disaient « hackers ». Avec
le temps, ils étendirent cet attribut à Stallman et lui inculquèrent
la déontologie traditionnelle de « l’éthique hacker ». Dans leur
soif d’explorer les limites de ce qu’ils pouvaient faire faire à un
ordinateur, les hackers pouvaient rester assis devant un terminal
trente-six heures durant si le défi leur semblait en valoir la chandelle. Cela signifiait avoir accès à tout moment à un ordinateur
(si personne d’autre ne l’utilisait) ainsi qu’aux informations qui
permettaient de l’utiliser.
Les hackers parlaient ouvertement de changer le monde par les
logiciels, et Stallman hérita ce dédain instinctif du hacker pour
tout obstacle empêchant la réalisation de cette noble cause. Les
trois principales barrières identifiées étaient les logiciels de piètre
qualité, la bureaucratie universitaire et l’égoïsme.
Stallman devint familier du folklore des hackers et des histoires où s’illustrait leur créativité, notamment pour contourner
les obstacles. Cela incluait les nombreuses techniques de « libération » des terminaux séquestrés dans les bureaux des professeurs.
Contrairement à leurs homologues gâtés de Harvard, les professeurs du MIT disposaient d’un nombre limité de terminaux et
avaient la sagesse de ne pas en disposer comme d'une propriété
privée. Si quelqu’un enfermait par erreur un terminal la nuit, les
hackers étaient prompts à en « libérer » l’accès — et à faire quelque
remontrance à celui qui avait ainsi lésé la communauté. Certains
se livraient ainsi au crochetage de serrure (le « hack de verrou »),
7. Voir [Levy, 1984], p.144. Levy y décrit en cinq pages environ la fascination qu’avait Gosper pour LIFE, un logiciel de jeu mathématique originellement créé par le mathématicien britannique John Conway. Je recommande
vivement ce livre comme complément, voire pré-requis, à celui-ci.
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