Portrait de Richard en jeune homme
Cette conviction que la liberté individuelle doit primer sur
l’autorité arbitraire se manifestait aussi à l’école. À onze ans, avec
deux années d’avance par rapport à ses camarades de classe, Richard Stallman subit toutes les frustrations habituelles réservées à
un écolier surdoué dans le système scolaire public américain. Peu
après l’épisode de l’énigme mathématique, sa mère participa à ce
qui devait être la première étape d’une longue série de rencontres
avec les professeurs.
« Il refusait résolument d’écrire, dit-elle, se rappelant un ancien
sujet de conflits. Je crois que le dernier travail qu’il a rendu, avant
sa dernière année de lycée, était un essai sur l’histoire du système
numérique occidental, pour un professeur de quatrième. » Pour
Stallman, être obligé de choisir un thème alors que rien ne lui
inspirait de réelle envie d’écrire était tout bonnement impossible,
si bien qu’il faisait tout pour l’éviter.
Doué pour tout ce qui exigeait un raisonnement analytique, Richard Stallman était attiré par les mathématiques et les sciences,
au détriment des autres matières. Là où certains professeurs fustigeaient l’obstination d’un esprit borné, sa mère ne voyait que de
l’impatience. Selon elle, les mathématiques et les sciences offraient
tant de matière à apprendre qu’elles en occultaient totalement les
autres disciplines, pour lesquelles son fils avait moins de dispositions.
Quand il eut dix ou onze ans, les garçons de sa classe commencèrent à s’entraîner au football américain. Alice Lippman se
souvient que son fils rentra un jour en rage à la maison. « Il aurait
tant voulu jouer ! Mais il manquait de coordination, dit-elle. Cela
le mettait hors de lui… »
Cette frustration devait amener Stallman à se focaliser plus encore sur les mathématiques et les sciences. Or, même dans ces matières, son intransigeance lui jouait des tours. Versé dans l’analyse
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