2001, l'odyssée d'un hacker
des abus de position dominante, ainsi qu’à la stagnation du marché. Les puissants y accaparent tout l’oxygène, au détriment des
concurrents et des start-ups innovantes. 6
D’autres considèrent au contraire que la GPL précipitera la
perte de ceux qui l’utilisent. Selon eux, vendre un logiciel est au
moins aussi risqué que l’acheter. Sans la protection juridique de
licences logicielles restrictives, et sans la perspective alléchante
d’être seul détenteur d’un logiciel révolutionnaire initiant tout un
nouveau marché (killer app 7 ), plus aucune société n’aurait d'intérêt à se lancer. Là aussi, on verrait le marché stagner et l’innovation
se tarir. Pour Craig Mundie, dans son discours du 3 mai sur ce
même campus, la nature « virale » de la GPL « menace » toute entreprise dont l’actif principal est l’exclusivité qu’elle prétend détenir sur son logiciel. Mundie ajoutait : « Cela minerait l’avènement
d’acteurs indépendants sur le marché logiciel, car il deviendrait
alors impossible de distribuer des logiciels en faisant payer le produit lui-même plutôt que son seul coût de distribution. » 8
Le succès tant de GNU/Linux que de Windows au cours des
vingt dernières années tend à montrer qu’il y a du vrai dans
ces deux approches à la fois. Toutefois, les activistes du logiciel
libre, comme Stallman, pensent que le véritable enjeu du débat
est ailleurs. La vraie question, à leurs yeux, n’est pas de savoir
6. Voir Shubba Ghosh, Revealing the Microsoft Windows Source Code, Gigalaw.com (janvier 2000) [Ghosh, 2000].
7. Un logiciel révolutionnaire (killer app) peut très bien être libre. C’est le
cas du légendaire navigateur Mosaic, créé en 1993 et à l’origine de Netscape
puis de Firefox. Sa licence permettait des dérivés non commerciaux sous certaines restrictions. De plus, le lecteur l’aura compris : le marché du logiciel est
une sorte de loterie où le nombre de participants augmente avec le potentiel
de gains. Pour un bon résumé sur le phénomène du logiciel révolutionnaire,
voyez [Ben-David, 2000].
8. Voir le discours de Craig Mundie (vice-président senior, Microsoft
Corp.), prononcé le 3 mai 2001 à la New York University Stern School of
Business : [Mundie, 2001].
23
Précédent

- 46/358

Suivant