Une histoire d'imprimante
Pour Stallman cependant, cette clause de non-divulgation avait
une tout autre signification. Elle signifiait le refus, de la part d’un
chercheur de Carnegie Mellon, de prendre part à une société où
tout programme était considéré comme une ressource collective.
Tel le paysan qui voit le ruisseau irriguant ses champs depuis
des siècles se tarir brutalement, Stallman était remonté jusqu’à
la source. Il n’y avait trouvé qu’un barrage hydroélectrique flambant neuf, orné d’un beau logo Xerox.
Il ne prit pas conscience de suite de tout ce que cela impliquait,
et qu’ainsi tout un système pervers allait se mettre en place. Dans
un premier temps, il ne vit au refus qu’un caractère personnel.
« J’étais tellement en colère que je ne pouvais pas l’exprimer. J’ai
fait demi-tour, et suis sorti sans un mot, se souvient Stallman.
J’ai même peut-être claqué la porte, qui sait ? Je ne me rappelle
qu’une chose : je voulais sortir de là. En venant, pas un instant je
n’avais imaginé que ce chercheur pourrait me refuser son aide, et
je ne m’y étais pas préparé. Sa réponse m’a laissé sans voix, déçu
et furieux. »
Vingt ans après les faits, la colère est toujours là, et Stallman présente cet événement comme l'un des plus décisifs parmi
d'autres - dans sa réflexion sur les questions d’éthique autour du
logiciel libre. Les mois suivants, la série d’événements impliquant
la communauté des hackers du AI Lab aurait pourtant dû, en comparaison, renvoyer au rang de simple détail ces trente secondes de
tension dans un bureau obscur de Carnegie Mellon. Pourtant c'est
cette rencontre que Stallman invoque pour expliquer comment lui,
hacker isolé, instinctivement méfiant vis-à-vis des autorités centralisées, est devenu un activiste à la tête d’une croisade informatique
se réclamant des traditionnels principes de liberté, d’égalité et de
fraternité.
« C’était la première fois que j’étais confronté à une clause de
confidentialité ; j’ai tout de suite compris que ces clauses font des
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