Le combat vers la liberté
Prédire l’avenir est une entreprise hasardeuse. Stallman s’y refuse d’ailleurs, dans la mesure où se demander ce que les gens penseront dans cent ans laisse penser que nous n’avons pas d’influence
sur le futur. Aussi préfère-t-il se poser la question : « Que devonsnous faire pour un avenir meilleur ? » Pourtant, lorsqu’on leur pose
la question, nombreux sont ceux qui se risquent à des prévisions.
« Dans cent ans, Richard et quelques autres mériteront davantage qu’une note dans les livres d’histoire, dit Moglen. Ils seront
considérés comme les personnages principaux du récit. »
Les « quelques autres » cités par Moglen incluent John Gilmore, grand contributeur à la cause du logiciel libre et père de
l’Electronic Frontier Foundation, et Theodor Holm Nelson, dit Ted
Nelson, auteur en 1982 du livre Literary Machines. Selon Moglen,
les trois personnages — Stallman, Nelson et Gilmore — se singularisent historiquement, bien que de manière différente. Il accorde à
Nelson, communément reconnu pour avoir proposé le terme hypertexte, le mérite d’avoir identifié le problème épineux de la propriété
de l’information à l’âge numérique. Gilmore et Stallman, quant à
eux, ont eu le grand mérite d’identifier les effets politiques néfastes
du contrôle de l’information et d’avoir mis sur pied des organisations pour lutter contre ses effets : l’Electronic Frontier Fondation
dans le cas de Gilmore et la FSF dans le cas de Stallman. Des
deux, cependant, Moglen voit Stallman comme celui qui mène les
actions les plus personnelles et les moins politiques par nature.
« Le cas de Richard est unique, car il a vu très tôt les implications éthiques des logiciels non libres, dit Moglen. C’est lié à sa
personnalité. De nombreuses personnes, lorsqu’elles écriront à son
sujet, tenteront de décrire cette personnalité comme un épiphénomène, voire comme un handicap dans l’œuvre de sa vie. »
Gilmore, qui considère sa position entre l’erratique Nelson et
l’irascible Stallman comme un honneur « mitigé », approuve néanmoins l’argument de Moglen. Il écrit : « Mon intuition est que les
267
Précédent

- 290/358

Suivant