Le combat vers la liberté
J’ai juste dit : ‘Je vais me battre. Qui sait dans quelle mesure
je réussirai ?’ »
Il va sans dire que par le choix de ses causes, il a fait fuir
ceux qui, en d’autres occasions, auraient pu être ses plus grands
défenseurs, eût-il accepté de se battre pour leurs idéaux plutôt
que les siens. Cela prouve aussi sa nature franche et vertueuse, qui
amène invariablement ses anciens ennemis politiques à finalement
glisser quelque louange à son encontre. Le biographe est néanmoins
contraint de se demander comment, entre l’idéologue et le hacker
de génie, Stallman sera considéré lorsque sa propre personnalité
ne sera plus là pour jouer les éclaireurs…
Dans les versions préliminaires de ce livre, j’ai intitulé ce point
la question des « cent ans ». Espérant dégager une vision objective
de Stallman et de son travail, j’ai demandé à diverses têtes pensantes de l’industrie du logiciel de tenter de s’extraire du contexte
actuel et de se mettre dans la position d’un historien se penchant
sur le mouvement du logiciel libre, dans cent ans.
Du point de vue contemporain, il est aisé de voir des points
communs entre Stallman et ces Américains du passé qui, bien que
marginaux au cours de leur carrière, ont acquis une dimension
historique en vieillissant. On trouve facilement une similitude avec
Henry David Thoreau, philosophe transcendentaliste et auteur de
La désobéissance civile, ou John Muir, fondateur du Sierra Club,
père du mouvement environnementaliste moderne 7 . Mais on peut
aussi penser à William Jennings Bryan, dit « le Grand Roturier »,
7. Henry David Thoreau (1817-1862) est l’auteur de Walden ou la vie dans
les bois, classique de la littérature américaine, tiré de l’expérience de deux années passées dans une cabane au fond des bois. Dans cette critique en règle
de l’humanité moderne, Thoreau ne livre pas un plaidoyer contre le progrès
technique, mais contre les défauts d’une société privilégiant le bien-être matériel au spirituel. John Muir (1838-1914) est à ranger du côté des contemplatifs.
Ses récits de voyages dans les contrées reculées des États-Unis et son activisme
en faveur, notamment, de la sauvegarde de la vallée du Yosemite ont directe265
J’ai juste dit : ‘Je vais me battre. Qui sait dans quelle mesure
je réussirai ?’ »
Il va sans dire que par le choix de ses causes, il a fait fuir
ceux qui, en d’autres occasions, auraient pu être ses plus grands
défenseurs, eût-il accepté de se battre pour leurs idéaux plutôt
que les siens. Cela prouve aussi sa nature franche et vertueuse, qui
amène invariablement ses anciens ennemis politiques à finalement
glisser quelque louange à son encontre. Le biographe est néanmoins
contraint de se demander comment, entre l’idéologue et le hacker
de génie, Stallman sera considéré lorsque sa propre personnalité
ne sera plus là pour jouer les éclaireurs…
Dans les versions préliminaires de ce livre, j’ai intitulé ce point
la question des « cent ans ». Espérant dégager une vision objective
de Stallman et de son travail, j’ai demandé à diverses têtes pensantes de l’industrie du logiciel de tenter de s’extraire du contexte
actuel et de se mettre dans la position d’un historien se penchant
sur le mouvement du logiciel libre, dans cent ans.
Du point de vue contemporain, il est aisé de voir des points
communs entre Stallman et ces Américains du passé qui, bien que
marginaux au cours de leur carrière, ont acquis une dimension
historique en vieillissant. On trouve facilement une similitude avec
Henry David Thoreau, philosophe transcendentaliste et auteur de
La désobéissance civile, ou John Muir, fondateur du Sierra Club,
père du mouvement environnementaliste moderne 7 . Mais on peut
aussi penser à William Jennings Bryan, dit « le Grand Roturier »,
7. Henry David Thoreau (1817-1862) est l’auteur de Walden ou la vie dans
les bois, classique de la littérature américaine, tiré de l’expérience de deux années passées dans une cabane au fond des bois. Dans cette critique en règle
de l’humanité moderne, Thoreau ne livre pas un plaidoyer contre le progrès
technique, mais contre les défauts d’une société privilégiant le bien-être matériel au spirituel. John Muir (1838-1914) est à ranger du côté des contemplatifs.
Ses récits de voyages dans les contrées reculées des États-Unis et son activisme
en faveur, notamment, de la sauvegarde de la vallée du Yosemite ont directe265
