Une brève incursion dans l'enfer hacker
pour laquelle les hackers détestent généralement conduire des voitures : le système de feux rouges programmés aléatoirement et de
rues à sens unique bizarrement agencées sont la cause de fichus délais tellement ‘non nécessaires’ [l’emphase vient de Levy] qu’ils résistent difficilement à l’envie de réarranger les panneaux, d’ouvrir
les boîtiers des feux rouges… de repenser tout le système. » 1
Plus frustrante encore, cependant, est la traîtrise de notre
guide. Au lieu de chercher un raccourci intelligent, ce que
n’importe quel hacker ferait par nature, il a choisi d’entrer dans
le jeu des urbanistes de la ville. Comme Virgile dans L’enfer de
Dante, il est déterminé à nous faire faire le tour complet de cet
enfer hacker, que nous soyons d’accord ou pas.
Avant que je puisse faire part de cette réflexion à Stallman,
le conducteur met finalement son clignotant à droite. Les épaules
crispées de mon accompagnateur se relaxent un peu, et durant un
instant, la tension dans la voiture se dissipe. Elle revient cependant
au galop quand le véhicule devant nous se met à ralentir. Des
panneaux « Travaux » bordent la rue, et bien que l’autoroute de
Pilani ne soit qu’à quelques centaines de mètres, la deux voies
censée nous en offrir l’accès est bloquée par un bulldozer arrêté et
deux gros tas de terre.
Il faut quelques secondes à Stallman pour comprendre ce qui
se passe, alors que notre guide entame un demi-tour laborieux,
en cinq manœuvres, devant nous. Quand il voit le bulldozer et
les panneaux « Accès bloqué » juste devant, Stallman finit par
exploser.
« Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? gémit-il en lançant sa tête
en arrière. Vous auriez dû savoir que cette rue était bloquée ! Vous
auriez dû savoir que cet itinéraire ne fonctionnerait pas ! Vous avez
fait ça délibérément ! »
1. Levy, 1984, p.40
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