Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
Le conducteur finit sa manœuvre et nous croise en sens inverse,
retournant vers l’artère principale. Ce faisant, il hausse les épaules
comme pour s’excuser. Ajoutée à un sourire toutes dents dehors,
sa gestuelle révèle une touche de frustration de continental, mais
tempérée par une dose protectrice de fatalisme insulaire. Au travers des vitres fermées de notre voiture de location semblait nous
parvenir un message succinct : « Hé, c’est Maui… Qu’est-ce qu’on
peut y faire ? »
Stallman n’en peut plus. « Mais ne souris pas ! hurle-t-il, baissant la vitre par la même occasion. C’est ta putain de faute. Tout
aurait été tellement plus simple si on s’y était pris à ma façon ! »
La transcription de ce monologue n’est pas exacte semble-t-il,
car je n’utilise pas le mot « putain » utilisé ainsi comme adverbe
( « It’s your fucking fault »). Comme il ne s’agissait pas d’une
interview, Williams n’enregistrait donc pas. Je suis sûr que les
choses se sont passées comme ça dans l’ensemble, mais ce qu’il cite
de moi reflète plus ce qu’il en a interprété que mes paroles réelles.
Stallman insiste sur les mots « à ma façon » en agrippant le
volant et en se ramenant vers lui à deux reprises. L’image qu’il
donne alors est celle d’un enfant piquant une crise dans son siège
auto. Une image soutenue par le ton de sa voix. À mi-chemin entre
colère et angoisse, il semble au bord des larmes.
Heureusement, celles-ci ne viennent pas. Comme un orage
d’été, la crise s’éteint presque aussi vite qu’elle est apparue. Après
quelques ronchonnements, Stallman enclenche la marche arrière et
réalise son propre demi-tour. Quand nous retrouvons la rue principale, son visage est aussi impassible que lorsqu’il a quitté l’hôtel
une demi-heure auparavant.
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