Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
grince des dents. Je me souviens de l’avertissement du programmeur BSD Keith Bostic. « Stallman ne supporte pas bien les idiots,
m’a-t-il prévenu. Si quelqu’un dit ou fait quelque chose de stupide,
il le regardera dans les yeux et dira : ‘C’est stupide’. »
En voyant ce conducteur indolent devant nous, je réalise que
c’est la stupidité, et non le désagrément, qui rend Stallman furieux.
« C’est comme s’il avait choisi cette route sans avoir du tout
réfléchi à la manière la plus efficace de se rendre là-bas », lance-t-il.
Le mot « efficace » flotte dans l’air comme une mauvaise odeur.
Peu de choses irritent autant l’esprit hacker que l’inefficacité.
C’était l’inefficacité résultant du fait d’avoir à vérifier l’imprimante
Xerox deux à trois fois par jour qui a déclenché l’enquête initiale
de Stallman au sujet du code source du pilote. C’était l’inefficacité
provoquée par l’obligation d’avoir à récrire des outils logiciels kidnappés par les vendeurs de logiciels commerciaux qui l’a amené à
se battre contre Symbolics et à lancer le Projet GNU. Si, comme
le pensait Jean-Paul Sartre, l’enfer c’est les autres, l’enfer hacker,
c’est la réitération des erreurs bêtes des autres, et on peut dire
sans exagérer que la vie entière de Stallman a été une tentative
visant à protéger l’humanité de ce travers dantesque.
La métaphore de l’enfer se fait plus évidente alors que nous
faisons route lentement dans ce paysage. Avec sa multitude de
boutiques, de parkings, et de lampadaires mal réglés, Kihei ressemble moins à une ville qu’à un gros logiciel mal conçu. Au lieu
de diriger le trafic et de distribuer les véhicules le long des rues
adjacentes et des voies rapides, les urbanistes ont décidé de tout
faire passer dans une seule artère. D’un point de vue hacker, être
dans une voiture au milieu de ce fatras revient à écouter à plein
volume un CD de crissements d’ongles sur un tableau noir.
« Les systèmes imparfaits exaspèrent les hackers », observe
Steven Levy. Voilà un autre avertissement dont j’aurais dû me souvenir avant de monter en voiture avec Stallman. « C’est une raison
252
grince des dents. Je me souviens de l’avertissement du programmeur BSD Keith Bostic. « Stallman ne supporte pas bien les idiots,
m’a-t-il prévenu. Si quelqu’un dit ou fait quelque chose de stupide,
il le regardera dans les yeux et dira : ‘C’est stupide’. »
En voyant ce conducteur indolent devant nous, je réalise que
c’est la stupidité, et non le désagrément, qui rend Stallman furieux.
« C’est comme s’il avait choisi cette route sans avoir du tout
réfléchi à la manière la plus efficace de se rendre là-bas », lance-t-il.
Le mot « efficace » flotte dans l’air comme une mauvaise odeur.
Peu de choses irritent autant l’esprit hacker que l’inefficacité.
C’était l’inefficacité résultant du fait d’avoir à vérifier l’imprimante
Xerox deux à trois fois par jour qui a déclenché l’enquête initiale
de Stallman au sujet du code source du pilote. C’était l’inefficacité
provoquée par l’obligation d’avoir à récrire des outils logiciels kidnappés par les vendeurs de logiciels commerciaux qui l’a amené à
se battre contre Symbolics et à lancer le Projet GNU. Si, comme
le pensait Jean-Paul Sartre, l’enfer c’est les autres, l’enfer hacker,
c’est la réitération des erreurs bêtes des autres, et on peut dire
sans exagérer que la vie entière de Stallman a été une tentative
visant à protéger l’humanité de ce travers dantesque.
La métaphore de l’enfer se fait plus évidente alors que nous
faisons route lentement dans ce paysage. Avec sa multitude de
boutiques, de parkings, et de lampadaires mal réglés, Kihei ressemble moins à une ville qu’à un gros logiciel mal conçu. Au lieu
de diriger le trafic et de distribuer les véhicules le long des rues
adjacentes et des voies rapides, les urbanistes ont décidé de tout
faire passer dans une seule artère. D’un point de vue hacker, être
dans une voiture au milieu de ce fatras revient à écouter à plein
volume un CD de crissements d’ongles sur un tableau noir.
« Les systèmes imparfaits exaspèrent les hackers », observe
Steven Levy. Voilà un autre avertissement dont j’aurais dû me souvenir avant de monter en voiture avec Stallman. « C’est une raison
252
