Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
logiciel, un utilitaire de récupération de courriers électroniques
appelé Fetchmail. S’inspirant de Torvalds, Raymond publia son
programme avec la promesse de mettre à jour le code source aussi
vite et souvent que possible. Quand les utilisateurs commencèrent
à envoyer des rapports d’erreurs et des suggestions de nouvelles
fonctionnalités, Raymond, qui s’était attendu à se retrouver devant une pagaille monstrueuse, trouva que le logiciel était tout
compte fait étonnamment robuste.
Analysant le succès de l’approche initiée par Torvalds, il en tira
une rapide conclusion : en utilisant l’Internet comme sa « boîte de
Petri » 5 et la surveillance sans complaisance de la communauté
hacker comme moyen de sélection naturelle, l’étudiant finlandais
avait créé un modèle évolutionniste débarrassé de toute planification centrale.
Raymond s’aperçut que cette méthode permettait en outre de
contourner la loi de Brooks. Énoncée pour la première fois par Fred
P. Brooks, responsable du projet OS/360 chez IBM et auteur du
livre The Mythical Man-Month en 1975, cette loi postulait que
l’ajout de développeurs à un projet ne faisait qu’entraîner des retards supplémentaires. Croyant comme la plupart de ses confrères
programmeurs que le logiciel, à l’instar de la soupe, a tout avantage à être préparé par un nombre limité de cuisiniers, Raymond
sentit que quelque chose de révolutionnaire était à l’œuvre. En
invitant toujours plus de cuisiniers à la cuisine, Torvalds avait effectivement réussi à rendre le logiciel « meilleur » 6 .
5. Il s’agit d’une boîte cylindrique en verre ou en plastique permettant la
mise en culture de micro-organismes. Ce dispositif fut inventé par le bactériologiste allemand Julius Richard Petri (1852-1921). — NdT.
6. La loi de Brooks est la forme courte de la citation suivante, tirée du livre
de l’auteur : « Puisque la fabrication de logiciels est intrinsèquement le fruit
de l’effort conjugué de différents systèmes — un exercice d’interactions complexes — l’effort de communication est grand, et il contrebalance rapidement
la diminution du temps de travail individuel rendue possible par le partage des
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