Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
vivacité d’esprit et sa modestie. Encore plus surprenant, rapporte
Raymond, Torvalds se montrait tout aussi décidé à tirer à boulets
rouges sur d’autres éminents hackers, y compris le plus auguste
d’entre eux, Richard Stallman. À la fin de la conférence, le style
« hacker indolent » du jeune homme allait remporter les suffrages
des conférenciers, tous âges confondus.
« C’était un moment clef, se rappelle Raymond. Avant 1996,
Richard était le seul prétendant crédible pour être le leader idéologique de la culture toute entière. Personne ne le désapprouvait
en public. Ce fut Torvalds qui brisa ce tabou. »
La rupture fut définitivement consommée à la fin de la conférence. Lors d’une discussion relative à la domination croissante
du marché par Microsoft Windows ou un sujet du même accabit,
Torvalds admit être un amateur du programme de présentation
PowerPoint. Du point de vue de la vieille garde et de ses puristes,
c’était comme se vanter d’avoir des esclaves au beau milieu d’une
conférence abolitionniste. Du point de vue de Torvalds et de ses
supporters, dont le nombre allait grandissant, ce n’était que du bon
sens. Pourquoi fuir les bons logiciels, même non libres, par pure
idéologie ? Être un hacker ne signifiait pas faire vœu d’abnégation,
mais produire des résultats. Or ces résultats, selon eux, ne pouvaient être appréciés que dans la pratique.
Il faut bien dire que cette idéologie n’était pas la leur. N'accordant pas de valeur à la liberté, ils voyaient les sacrifices qu'elle
exigeait non comme un moyen d'obtenir une chose importante,
mais comme un déni de soi. « C'était une déclaration sacrément
choquante, se souvient Raymond. Mais encore une fois, Torvalds
pouvait se le permettre, parce qu’en 1995-96, son influence n’avait
cessé de croître. »
Stallman, de son côté, ne se remémore aucune tension lors de
cette conférence en 1996. Probablement n’avait-il pas assisté à la
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