Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
Quant aux programmeurs qui adaptaient les divers programmes GNU au noyau Linux, ils adoptaient tous peu ou prou
la même attitude : ils ne se préoccupaient que de leur plate-forme.
Mais lorsque les responsables des programmes GNU les sollicitaient pour nettoyer leurs modifications en vue de la maintenance
successive, plusieurs d’entre eux faisaient la sourde oreille. Peu
leur importait de faire les choses correctement ou de faciliter la
maintenance des paquets GNU qu’ils avaient adaptés. Seules leurs
propres versions les intéressaient, la tendance étant alors à les
maintenir sous forme de branches séparées, ou forks.
Dans l’univers des hackers, la question des forks est du plus
grand intérêt. Bien qu’il soit éthiquement permis à un programmeur de faire ce qu’il veut avec le code source d’un programme,
il est de bon ton de proposer au développeur original de travailler
conjointement pour maintenir une version unique. Les hackers
trouvent ainsi habituellement plus utile et approprié de reverser
leurs améliorations dans la version principale du programme. Et
si une licence de logiciel libre autorise tout un chacun à créer une
nouvelle branche d’un programme (le « forker ») — ce qui s’avère
parfois nécessaire, le faire sans raison particulière est considéré un
acte quelque peu désobligeant.
En tant que leader du projet GNU, Stallman avait déjà fait
l’expérience des méfaits d’un fork logiciel en 1991. Il raconte :
« Une entreprise, Lucid, a recruté quelques personnes pour écrire
des améliorations à GNU Emacs, améliorations censées contribuer
à ce programme. Mais les développeurs ne m’ont pas tenu informé
de leur projet, développant au lieu de cela plusieurs nouvelles fonctionnalités, de leur propre chef. Comme on pouvait s’y attendre,
j’ai approuvé certaines de leurs décisions et récusé les autres. Ils
m’ont alors demandé d’intégrer la totalité de leur code, mais apprenant mon intention de n’en utiliser que la moitié, ils ont alors
refusé de m’aider à l’adapter. J’ai dû me débrouiller seul. » Le fork
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