GNU/Linux
Quant au contexte politique du moment, il n’était guère favorable. L’application de droits d’auteurs aux interfaces utilisateur
constituait encore une réelle menace — l’idée n’ayant pas encore
été déboutée en justice. Parallèlement, les brevets portant sur les
algorithmes et les fonctions représentaient un danger croissant,
menaçant de s’étendre à d’autres pays.
Enfin, il y avait l’étrange nature de GNU/Linux lui-même. Non
entravée par des désaccords juridiques (comme c’était le cas pour
BSD), son évolution extrêmement rapide avait été si inattendue,
son succès si imprévu, que les programmeurs les plus impliqués
dans son développement ne savaient finalement pas quoi en faire.
Ressemblant davantage à un recueil de morceaux choisis qu’à
un projet unifié, c’était une sorte d’anthologie hacker qui contenait tout, de GCC, GDB et Glibc (la toute nouvelle bibliothèque
C du projet GNU) à X (une interface graphique inspirée d’Unix
développée par le Laboratoire de sciences informatiques du MIT),
en passant par des outils créés par le projet BSD comme Bind 2
(Berkeley Internet Naming Daemon, système DNS permettant de
remplacer les nombres des adresses IP par des noms de domaines
faciles à mémoriser) et une pile TCP/IP.
À tout cela s’ajoutait le noyau Linux, lui-même conçu pour
remplacer Minix. Torvalds et son équipe toujours plus nombreuse,
plutôt que de développer un tout nouveau système d’exploitation,
avaient greffé leur travail à ce gisement GNU de départ. C’est cela
qu’exprimerait Torvalds plus tard, évoquant son propre succès :
« Je suis en fait une personne très paresseuse, qui aime s’attribuer
le travail d’autres personnes. » 3
2. Bind est le sigle de Berkeley Internet Naming Daemon, démon (programme) de nommage pour l’Internet de Berkeley, devenu aujourd’hui Berkeley Internet Naming Domain. Bind est ce qu’on appelle un serveur de noms
de domaines (DNS) — NdT.
3. Torvalds a cité cette phrase à de nombreuses reprises. La référence la
plus notoire figure dans l’essai de Eric S. Raymond, La Cathédrale et le Bazar
205
Quant au contexte politique du moment, il n’était guère favorable. L’application de droits d’auteurs aux interfaces utilisateur
constituait encore une réelle menace — l’idée n’ayant pas encore
été déboutée en justice. Parallèlement, les brevets portant sur les
algorithmes et les fonctions représentaient un danger croissant,
menaçant de s’étendre à d’autres pays.
Enfin, il y avait l’étrange nature de GNU/Linux lui-même. Non
entravée par des désaccords juridiques (comme c’était le cas pour
BSD), son évolution extrêmement rapide avait été si inattendue,
son succès si imprévu, que les programmeurs les plus impliqués
dans son développement ne savaient finalement pas quoi en faire.
Ressemblant davantage à un recueil de morceaux choisis qu’à
un projet unifié, c’était une sorte d’anthologie hacker qui contenait tout, de GCC, GDB et Glibc (la toute nouvelle bibliothèque
C du projet GNU) à X (une interface graphique inspirée d’Unix
développée par le Laboratoire de sciences informatiques du MIT),
en passant par des outils créés par le projet BSD comme Bind 2
(Berkeley Internet Naming Daemon, système DNS permettant de
remplacer les nombres des adresses IP par des noms de domaines
faciles à mémoriser) et une pile TCP/IP.
À tout cela s’ajoutait le noyau Linux, lui-même conçu pour
remplacer Minix. Torvalds et son équipe toujours plus nombreuse,
plutôt que de développer un tout nouveau système d’exploitation,
avaient greffé leur travail à ce gisement GNU de départ. C’est cela
qu’exprimerait Torvalds plus tard, évoquant son propre succès :
« Je suis en fait une personne très paresseuse, qui aime s’attribuer
le travail d’autres personnes. » 3
2. Bind est le sigle de Berkeley Internet Naming Daemon, démon (programme) de nommage pour l’Internet de Berkeley, devenu aujourd’hui Berkeley Internet Naming Domain. Bind est ce qu’on appelle un serveur de noms
de domaines (DNS) — NdT.
3. Torvalds a cité cette phrase à de nombreuses reprises. La référence la
plus notoire figure dans l’essai de Eric S. Raymond, La Cathédrale et le Bazar
205
