Une morale à l’épreuve
projet GNU à atteindre son but le plus rapidement possible. Avec
Stallman comme président, et quelques amis et collègues hackers
comme membres du conseil, la FSF permit de donner une vitrine
publique au projet.
Robert Chassell, à l’époque programmeur chez LMI, devint
l’un des cinq membres du conseil de la FSF à la suite d’une conversation avec Stallman alors qu’ils dînaient ensemble. Il endossa également le rôle de trésorier de l’organisation, un rôle initialement
modeste mais qui prit rapidement en importance.
« Je pense qu’en 1985, le total de nos transactions, recettes
et dépenses comprises, s’élevait à environ 23 000 dollars, évoque
Chassell. Richard avait son bureau et, pour le reste, nous occupions
tout l’espace disponible. Tout le fourbi, et surtout les bandes, était
rangé sous mon bureau. Cela dura jusqu’à ce que, un peu plus tard,
LMI nous prête un local pour stocker les bandes et autres choses
de ce genre. »
Au-delà de son rôle de vitrine, la FSF était devenue également
le centre de gravitation de tous les programmeurs désabusés. Sur
le marché d’Unix, d’apparence encore si collégiale, même lors de
l’annonce initiale du projet GNU, la concurrence faisait rage. Tentant de resserrer leur emprise sur les clients, des compagnies commençaient à refuser l’accès au code source d’Unix, tendance qui
ne fit qu’accroître le nombre de requêtes concernant les projets de
logiciels GNU en cours. Les Unixiens de la première heure, qui
avaient par le passé considéré Stallman comme un hurluberlu turbulent, commencèrent à voir en lui un prophète ou une Cassandre
du logiciel, selon l’état d’esprit — espérance ou désespoir — avec
lequel chacun d’entre eux abordait l’issue du problème.
« Beaucoup ne réalisent pas, jusqu’à ce que cela leur arrive,
la frustration qu’il peut y avoir à travailler plusieurs années sur
151
Précédent

- 174/358

Suivant