Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
En dépit de la tension qu’elle avait provoquée, la controverse
sur le code de Gosling aida en fait Stallman et le mouvement
pour le logiciel libre sur le long terme. Stallman fut ainsi forcé de
trouver des solutions aux faiblesses de la « Commune Emacs » 20
et du contrat de confiance informel qui laissait la porte ouverte
aux abus. Cela l’obligea aussi à préciser les objectifs politiques du
mouvement du logiciel libre.
Suivant la sortie de GNU Emacs en 1985, Stallman publia
« Le manifeste GNU », un complément à l’annonce initiale de septembre 1983. Une importante section de ce document était consacrée aux nombreux argumentaires déployés par les programmeurs
des secteurs privés et universitaires pour justifier de la prolifération des logiciels privateurs. L’un des arguments avancés, en particulier, « Les programmeurs ne méritent-ils pas une récompense
pour leur créativité ? », recevait une réponse qui contenait en elle
toute la colère de Stallman à la suite de l’affaire Gosling : « Si
quelque chose mérite une récompense, c’est bien la contribution à
la société, écrivait Stallman. La créativité peut être un apport à
la société, mais uniquement dans le cas où cette dernière est libre
d’en utiliser le produit. Si des programmeurs méritent d’être récompensés pour la création de programmes novateurs, ils méritent
tout autant d’être punis s’ils en limitent l’utilisation. » 21
Avec la publication de GNU Emacs, le projet GNU avait enfin du code à montrer. S’ensuivirent tous les soucis propres à
n’importe quelle entreprise produisant du logiciel. En effet, de plus
en plus de concepteurs Unix se frottaient au logiciel, et l’argent,
les cadeaux ou les demandes de copies sur bande commencèrent
à affluer. Pour gérer les aspects commerciaux, Stallman réunit
quelques-uns de ses collègues pour former la Free Software Foundation (FSF), une organisation à but non lucratif pour aider le
20. Cf. chap. 6.
21. Stallman, 1985
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