Une morale à l’épreuve
Stallman avait pensé en premier lieu ne modifier que les commandes utilisateur, afin d’offrir une compatibilité parfaite avec
l’Emacs original tournant sur PDP-10. Pourtant, s’apercevant
combien Mocklisp était faible en comparaison du vrai Lisp, il se
sentit vite contraint d’en revenir à l’original. Tout naturellement,
l’envie lui vint de récrire la plus grande partie du cœur de Gosmacs,
mais d’une manière totalement différente, afin de tirer parti de la
puissance et de la flexibilité de Lisp. Ainsi, dans le programme
GNU Emacs disponible sur l’Internet au milieu de l’année 1985,
seuls quelques fichiers contenaient encore du code de Gosmacs.
Cela n’empêcha pas que lorsqu’elle eut vent du projet, la firme
UniPress nia les affirmations du développeur qui prétendait avoir
reçu le droit de distribuer sa propre version du programme. Hélas,
celui-ci ne put remettre la main sur l’ancien e-mail en question
pour se défendre. Stallman coupa court en récrivant tout bonnement le code des quelques modules résiduels de Gosmacs.
Néanmoins, la simple idée que des développeurs puissent liquider leurs droits — et, au-delà, l’idée même qu’un développeur
dispose de tels pouvoirs commerciaux — lui était intolérable. Dans
le discours qu’il prononça en 1986 à l’Institut technique royal suédois, il montra du doigt l’incident d’UniPress comme un nouvel
exemple des dangers liés à la privatisation des logiciels.
« Parfois, je me dis que l’une des meilleures choses que je pourrais faire dans ma vie serait de dégotter une quantité gigantesque
de logiciels couverts par le secret commercial, et d’en distribuer des
copies au coin de la rue. Ainsi, il n’y aurait plus de secret commercial, dit Stallman. Ce serait sans doute une manière beaucoup
plus efficace d’offrir aux gens de nouveaux logiciels libres plutôt
que de tout écrire moi-même ; mais les gens seraient encore trop
lâches pour les prendre. »
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