Une morale à l’épreuve
« Il m’a répondu, moqueur, que si l’université était libre, le
compilateur, lui, ne l’était pas », se souvient Stallman. L’auteur
de Vuck ne se contenta d’ailleurs pas d’un refus. Il suggéra même à
son interlocuteur d’abandonner le projet GNU pour développer des
modules complémentaires qui amélioreraient les ventes de Vuck, en
prenant part aux bénéfices. « C’est pourquoi j’ai décidé que mon
premier programme pour le projet GNU serait un compilateur
multi-langage et multi-plate-forme » 18 , ajoute Stallman.
À défaut de Vuck, il trouva un compilateur Pastel 19 , écrit par
des programmeurs du Lawrence Livermore National Lab. Ils lui
en donnèrent une copie et, selon leurs dires, le compilateur était
libre d’être copié et modifié. Malheureusement, le programme ne
convenait pas, nécessitant des ressources bien trop importantes en
mémoire. Il analysait en effet la totalité d’un fichier en mémoire
centrale, ce qui avait pour effet d’empêcher les autres données de
circuler tant que la compilation n’était pas terminée. Sur de gros
ordinateurs, ce défaut de conception était pardonnable. Sur les
systèmes Unix, en revanche, il constituait une barrière infranchissable, les machines 32 bits étant alors elles-mêmes souvent trop peu
puissantes pour fournir autant de mémoire à un seul programme.
Dans un premier temps, Stallman fit faire au programme des
progrès considérables. Il ajouta au compilateur un frontal compatible C et le testa sur le gros Vax, dont le système pouvait dédier
davantage de place à la mémoire. Mais lorsqu’il tenta de le porter sur le processeur 68010 et investiga la raison du plantage, il
comprit que le problème de taille de mémoire l’obligerait à récrire entièrement un nouveau compilateur à partir de zéro. C’est
d’ailleurs ce qu’il finirait par faire plus tard, en créant le GNU C
Compiler, plus connu sous le nom de GCC. Mais en 1984, il était
18. Ibid., p.56
19. Le langage Pastel fut ainsi nommé ainsi car considéré comme une version
altérée du langage Pascal (« Off-color Pascal »).
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« Il m’a répondu, moqueur, que si l’université était libre, le
compilateur, lui, ne l’était pas », se souvient Stallman. L’auteur
de Vuck ne se contenta d’ailleurs pas d’un refus. Il suggéra même à
son interlocuteur d’abandonner le projet GNU pour développer des
modules complémentaires qui amélioreraient les ventes de Vuck, en
prenant part aux bénéfices. « C’est pourquoi j’ai décidé que mon
premier programme pour le projet GNU serait un compilateur
multi-langage et multi-plate-forme » 18 , ajoute Stallman.
À défaut de Vuck, il trouva un compilateur Pastel 19 , écrit par
des programmeurs du Lawrence Livermore National Lab. Ils lui
en donnèrent une copie et, selon leurs dires, le compilateur était
libre d’être copié et modifié. Malheureusement, le programme ne
convenait pas, nécessitant des ressources bien trop importantes en
mémoire. Il analysait en effet la totalité d’un fichier en mémoire
centrale, ce qui avait pour effet d’empêcher les autres données de
circuler tant que la compilation n’était pas terminée. Sur de gros
ordinateurs, ce défaut de conception était pardonnable. Sur les
systèmes Unix, en revanche, il constituait une barrière infranchissable, les machines 32 bits étant alors elles-mêmes souvent trop peu
puissantes pour fournir autant de mémoire à un seul programme.
Dans un premier temps, Stallman fit faire au programme des
progrès considérables. Il ajouta au compilateur un frontal compatible C et le testa sur le gros Vax, dont le système pouvait dédier
davantage de place à la mémoire. Mais lorsqu’il tenta de le porter sur le processeur 68010 et investiga la raison du plantage, il
comprit que le problème de taille de mémoire l’obligerait à récrire entièrement un nouveau compilateur à partir de zéro. C’est
d’ailleurs ce qu’il finirait par faire plus tard, en créant le GNU C
Compiler, plus connu sous le nom de GCC. Mais en 1984, il était
18. Ibid., p.56
19. Le langage Pastel fut ainsi nommé ainsi car considéré comme une version
altérée du langage Pascal (« Off-color Pascal »).
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