Une morale à l’épreuve
« Je me suis demandé, que pourrais-je faire, moi, développeur de systèmes d’exploitation, pour améliorer la situation ? Ce
n’est qu’après avoir longuement examiné la question que j’ai pris
conscience qu’un développeur de systèmes d’exploitation était précisément ce qu’il fallait pour résoudre le problème. »
Dès lors, tout le reste allait, selon ses propres mots, « se mettre
en place ». En 1983, le MIT fit l’acquisition, auprès de Symbolics,
de machines Lisp de seconde génération. Sur ces modèles, le système interne n’avait aucune chance de fonctionner. Et une fois la
plupart des machines remplacées, Stallman aurait dû tout arrêter,
dans l’incapacité de maintenir le système de manière efficace, par
manque de rapports de bogues de la part des utilisateurs. Quoi
qu’il en fût, il ne souhaitait pas poursuivre. Le système du MIT
n’était pas libre, et même si les utilisateurs avaient accès au code
source, ils ne pouvaient pas le redistribuer. Sans compter qu’il
avait réussi son pari : LMI avait survécu et développait désormais
seule ses logiciels.
Plutôt que de passer sa vie à châtier ceux qui avaient détruit
son ancienne communauté, Stallman préféra en fonder une nouvelle. Ainsi décida-t-il de refuser tout programme qui le forcerait
à compromettre ses convictions morales, et de consacrer sa vie à
la création de logiciels permettant d’éviter ce genre d’écueil, à lui
comme aux autres. S’engageant à bâtir un système d’exploitation
libre « ou [à] mourir à la tâche… de vieillesse, bien entendu »,
plaisantait-il, Stallman démissionna du MIT en janvier 1984, afin
de se lancer dans le projet GNU.
Sa démission le soustrayait du giron légal du MIT. Mais il avait
encore suffisamment d’amis et d’alliés au AI Lab pour conserver un
accès gracieux à son bureau. Il parvint également à s’assurer des
missions en tant que consultant externe pour soutenir les phases
initiales du projet GNU.
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