Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
idéaliste. Levy rapporte les propos de Bill Gosper, qui finira par
travailler pour Symbolics dans les bureaux de Palo Alto, exprimant son émerveillement pour le travail fourni par son ex-collègue
durant cette période :
« S’il aurait pu m’arriver de trouver mauvais quelque chose
écrit par Stallman (cela est peu probable, mais quelqu’un aurait
pu m’en convaincre…), eh bien même alors, j’aurais continué à
dire : ‘Attendez une minute ! Stallman n’avait personne avec qui
débattre des nuits entières, là-bas. Il a travaillé seul ! C’est tout
bonnement incroyable que quelqu’un ait pu réaliser tout cela tout
seul !’ » 15
Les mois passés à lutter contre Symbolics laissèrent à Stallman
un mélange de fierté et de profonde tristesse. Libéral convaincu
dont le père avait servi pendant la Deuxième Guerre mondiale, il
n’avait rien d’un pacifiste. De bien des manières, la guerre contre
Symbolics représentait le rite de passage auquel il s’était préparé
depuis qu’il avait rejoint le personnel du AI Lab, dix ans plus tôt.
Mais en même temps, ce conflit coïncidait avec la traumatisante destruction de la culture hacker, au sein de laquelle Stallman
avait évolué depuis son adolescence. Un jour, raconte-t-il, alors
qu’il faisait une pause dans l’écriture du code, il éprouva un sentiment bouleversant au moment de traverser la salle des machines
du laboratoire. Il y faisait face à la carcasse massive du PDP-10
abandonné. Saisi par les voyants éteints, voyants qui autrefois clignotaient silencieusement pour indiquer l’état du programme en
cours, il ressentit une émotion similaire à celle que lui aurait inspirée la vision d’un être cher défunt.
« Je me mis à pleurer d’un coup, là en plein milieu de la salle
des machines. Voir cette machine-là, morte, sans plus personne
15. Ibid., p.426
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