Une morale à l’épreuve
Quant à Stallman, préférant la vie sans contraintes du laboratoire
et non enclin à prendre parti, il fit le choix de ne rejoindre aucune
des deux sociétés.
Les premiers temps, les hackers continuèrent à passer une partie de leur temps au MIT, contribuant au développement de la
machine Lisp. Les deux sociétés, Symbolics et LMI, avaient acquis
du MIT la licence du code source. Cette licence les obligeait à retourner leurs modifications au MIT, sans toutefois les contraindre
à laisser l’institut redistribuer leurs modifications. Malgré cela, au
milieu de l’année 1981, elles donnèrent leur accord de principe autorisant cette redistribution. Ainsi, toutes leurs améliorations du
système furent intégrées à la version du MIT et partagées entre
tous les utilisateurs de machines Lisp. C’est ce qui permit à ceux
restés au centre de conserver leur neutralité.
Or, le 16 mars 1982, date mémorable pour Stallman car c’était
son anniversaire, les cadres de Symbolics mirent fin à cet accord.
La raison de cette décision était simple : porter atteinte à LMI.
En effet, du fait qu’elle employait un nombre plus restreint de programmeurs et de personnel en général, c’est LMI qui aurait tiré
les principaux bénéfices du partage des améliorations, selon Symbolics. En mettant fin au partage du code, les cadres de Symbolics
espéraient ainsi liquider leur rivale. C’est pourquoi ils décidèrent
d’appliquer la licence à la lettre.
Désormais, au lieu de contribuer directement aux améliorations
de la version du MIT, ce dont LMI pouvait profiter, ils se contentèrent de fournir une copie de leur version complète du système à
l’usage des employés du MIT. Tout utilisateur se retrouvait alors
à tester cette version dans l’unique intérêt de Symbolics et, s’il
y apportait des améliorations, il était plus que probable qu’elles
soient utiles avant tout à Symbolics.
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