Une morale à l’épreuve
avoir mis en échec un second « coup d’état » de ce type, il envoya
un message d’alerte à tout le personnel du AI Lab : « Une nouvelle tentative de prise de pouvoir a eu lieu, écrivit-il. Jusqu’ici,
les forces aristocratiques ont été défaites. » Afin de protéger son
identité, il signa son message « Radio Free OZ ».
Mais le déguisement était bien mince. En 1982, l’aversion de
Stallman pour les mots de passe et le secret était d’une telle notoriété que des utilisateurs externes au AI Lab employaient son
compte comme passerelle pour accéder à l’Arpanet — le réseau
informatique financé par la recherche, ancêtre de l’Internet actuel.
Parmi ces « touristes » du début des années 1980, on compte
Don Hopkins, un programmeur de Californie. Grâce au téléphone
arabe des réseaux de hackers, il avait appris que tout ce qu’un
intrus avait à faire pour accéder au célèbre système ITS du MIT
était d’ouvrir une session sous les initiales RMS et de répéter ce
même monogramme de trois lettres en guise de mot de passe.
« Je serai éternellement reconnaissant au MIT de m’avoir,
comme de nombreux autres, laissé utiliser librement ses ordinateurs, déclare Hopkins. Cela a beaucoup compté pour un grand
nombre d’entre nous. »
Cependant, cette politique « touristique », ouvertement tolérée par les responsables du MIT au cours des années ITS 10 ,
tourna court quand Oz devint le premier maillon de raccordement
du labo à l’Arpanet. Les premiers temps, Stallman poursuivit sa
stratégie qui consistait à reprendre son identifiant de connexion
comme mot de passe, permettant ainsi aux utilisateurs extérieurs
d’avoir un accès via son propre compte. Mais la fragilité d’Oz incita par la suite les administrateurs à interdire l’accès aux intrus
qui, par pure maladresse ou par malveillance délibérée, auraient
10. Voir « MIT AI Lab Tourist Policy » http://www.art.net/~hopkins/Don/
text/tourist-policy.html
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