La commune Emacs
des gens s’endormir, épuisés par leur propre enthousiasme. Vous
restez éveillé aussi longtemps que possible à programmer, parce
que vous n’avez pas envie de vous arrêter. Et lorsque vous êtes
complètement lessivé, vous rampez jusqu’à la plus proche surface
molle horizontale. C’était très décontracté 2 . »
L’atmosphère accueillante du laboratoire pouvait cependant
soulever la réprobation. Ce que certains voyaient comme un dortoir, d’autres le considéraient comme une fumerie d’opium électronique. Dans son livre de 1976, Computer Power and Human
Reason, le chercheur Joseph Weizenbaum fait une critique cinglante du computer bum, ou informaticien-clochard, terme qu’il
utilise pour désigner les hackers peuplant les salles d’informatique
comme celle du AI Lab : « Les vêtements défraîchis, les joues mal
rasées, les cheveux sales et hirsutes montrent à quel point ils sont
oublieux de leur corps et du monde dans lequel ils évoluent. [Les
informaticiens-clochards] n’existent, du moins pour ceux engagés
à ce point, que pour et par l’ordinateur. » 3
Un quart de siècle après cette publication, Stallman s’agace
encore de cette description. Il en parle au présent, comme si Weizenbaum lui-même était dans la pièce. « Il veut condamner les gens
à n’être que ‘professionnels’, à ne travailler que pour une rémunération et à fuir leur travail au plus vite pour l’oublier aussitôt,
dit-il. Ce qu’il voit comme un état normal des choses, je le vois
comme une tragédie. »
Pour Stallman, la vie de hacker eut pourtant son lot de tragédies. Son évolution du statut de programmeur du dimanche à
celui de résident permanent du AI Lab s’accompagna d’une série d’infortunes que seule l’euphorie de la programmation pouvait
soulager, à commencer par ce qu’il voit comme un événement malheureux, l’obtention de son diplôme de Harvard.
2. Stallman, 1986
3. Weizenbaum, 1976, p.116
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