Une oasis de liberté
L’évocation des lois de ségrégation raciale amène une autre
question, celle de l’inspiration qu’ont donnée à Stallman les leaders politiques du passé. En effet, comme le mouvement des droits
civils des années 1950 et 1960, ses tentatives pour amener un changement social en appellent à des valeurs intemporelles : la liberté,
la justice et le respect. Stallman partageait son attention entre
mon analogie et une mèche de cheveux particulièrement emmêlée. Quand je prolongeai la figure de style en le comparant au Dr.
Martin Luther King Jr., il m’interrompit, détachant une fourche
qu’il mit dans sa bouche. « Je ne joue pas au même niveau, mais
je joue au même jeu », dit-il en mâchouillant sa mèche.
Je suggérai Malcolm X pour un autre point de comparaison. Comme l’ancien porte-parole de Nation of Islam, Stallman
avait cultivé une réputation d’amateur de controverses, s’aliénant
des alliés potentiels et prônant un message donnant la priorité à
l’autosuffisance plutôt qu’à l’intégration culturelle. S’attaquant à
une autre mèche de cheveux, Stallman rejeta la comparaison.
« Mon message est plus proche de celui de Martin Luther King,
dit-il. C’est un message universel. La condamnation ferme de certaines pratiques visant à maltraiter les gens. Ce n’est pas un message de haine envers qui que ce soit. Et ça ne vise pas un petit
groupe de personnes. J’invite tout le monde à mieux apprécier la
valeur de la liberté et à se battre pour l’obtenir. »
Or, nombreux sont ceux qui critiquent Stallman pour avoir
rejeté des alliances politiques pourtant commodes. Certains se
lancent dans des explications psychologiques en invoquant un trait
de caractère. Mais concernant sa répugnance notoire à utiliser le
différents états du sud des États-Unis après la Guerre de Sécession. Ces lois,
abolies successivement dans les années 1950 et 1960, entrèrent dans le langage
courant, au point que l’on utilise le nom Jim Crow pour parler de ségrégation
raciale — NdT.
101
Précédent

- 124/358

Suivant