Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
lui faire la surprise de nommer « Alix » le noyau GNU. Le développeur principal le renomma Hurd 15 , tout en gardant « Alix » pour
une partie du noyau. Lorsqu’un des amis d’Alix le lui apprit, cette
dernière en fut touchée — même si une refonte de Hurd entraîna
plus tard l’élimination de cette fraction du noyau 16 .
Pour la première fois de toute la matinée, Stallman sourit.
J’abordai le sujet du baisemain. « Oui, je le fais, répondit-il. Je
trouve que c’est une manière d’offrir de l’affection que bien des
dames apprécient. C’est l’occasion d’offrir un peu d’affection et
d’être apprécié en retour. »
L’affection n’était qu’un fil ténu parcourant l’existence de Richard Stallman, et il se montrait douloureusement sincère lorsque
la question était soulevée. « Il n’y a vraiment pas eu beaucoup
d’affection dans ma vie, sauf dans ma tête », dit-il. Dès lors, la
discussion devint rapidement inconfortable. Après quelques réponses lapidaires, il finit par lever son menu, coupant court à
l’interrogatoire.
« Voudriez-vous du shu mai ? », demanda-t-il.
15. Voir Richard Stallman, The GNU Operating System and the Free Software Movement, coll. Open Sources, O'Reilly & Associates, Inc., 1999, p. 65.
16. Note de Richard Stallman — Sam Williams a interprété cet épisode en
suggérant que j’étais un incorrigible romantique désespéré, et que mes efforts
n’avaient d’autre but que d’impressionner une jeune femme, encore non identifiée. Aucun hacker du MIT ne pourrait le croire, car nous avons appris très
jeunes que les femmes ne nous remarquaient pas, et pouvaient encore moins
nous aimer — fût-ce pour notre art de programmer. Nous programmions parce
que nous trouvions cela passionnant. Si ces événements ont été possibles, c’est
parce que j’avais une petite amie clairement identifiée à l’époque. Si j’étais
romantique, ce n’était ni par espoir ni par désespoir, mais plutôt parce qu'à ce
moment j'avais rencontré un peu de succès ! Avec cette interprétation naïve,
Sam Williams me comparait à une sorte de Don Quichotte. Pour être exact,
dans la première édition, voici ce qu’il rapportait de mes propos — que je
reconnais confus, d’ailleurs : « Je n’essayais pas vraiment d’être romantique.
C’était plutôt une plaisanterie. Je veux dire… c’était romantique, mais c’était
aussi une plaisanterie, voyez-vous ? Ça aurait été une belle surprise. »
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