Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée
et enfantin. Mon compliment ne suscita guère que la levée d’un
sourcil. « Je serai prêt dans un instant », dit-il.
Stallman se remit au clavier de son portable. Rectangle gris et
massif, l’appareil était l’antithèse des portables élancés qui avaient
la faveur des programmeurs, à la récente convention LinuxWorld.
Au-dessus du clavier s’en trouvait un plus léger et plus petit, rappel des mains vieillissantes de Stallman. En effet, au milieu des
années 1990, les douleurs étaient devenues si insoutenables qu’elles
l’avaient conduit à engager un dactylographe 7 .
Stallman a tendance à ignorer tout stimulus externe lorsqu’il
travaille. À l’observer, les yeux rivés sur l’écran alors que ses doigts
dansent sur le clavier, on songe à deux amis de longue date pris
dans une intense conversation.
La séance se termina avec quelques coups forts assénés sur les
touches, puis le rangement du portable. « Prêt pour le déjeuner ? »,
demanda Stallman.
] ] ]
Nous marchâmes jusqu’à ma voiture. Se plaignant d’une entorse, Stallman avançait lentement, en boitant. La faute à une
blessure au tendon du pied gauche, survenue trois ans avant, qui
avait empiré à un point tel que Stallman, grand amateur de danse
folklorique, avait été obligé d’abandonner toute pratique. « J’aime
énormément la danse folklorique, se lamentait-il. Ne plus pouvoir
danser est une vraie tragédie pour moi. »
Le corps de Stallman en témoignait aussi. Le manque
d’exercice l’avait laissé joufflu et ventru, une bedaine qui se voyait
7. Il s’en remet de nos jours à un clavier nécessitant moins de pression
qu’un clavier classique.
86
Précédent

- 109/358

Suivant