Une oasis de liberté
penchant culturel pour la cupidité et l’égoïsme, Stallman se débrouillait dans une ville où la moindre maisonnette valait autour
d’un demi-million de dollars.
Je suivis les indications fournies par Stallman et arrivai au siège
de Art.net, « Association d’artistes virtuels » à but non lucratif.
Situées dans une maison bordée de haies dans un coin du nord de la
ville, les installations de Art.net avaient un petit côté plaisamment
déglingué. Que Stallman soit venu se tapir au fin fond de la Silicon
Valley sembla soudain une idée moins surprenante.
Je le trouvai assis dans une pièce sombre, pianotant sur son
ordinateur portable gris. Dès que j’entrai, il me fixa avec toute
l’intensité des deux cents watts de son regard. Il m’offrit un « bonjour » réconfortant mais avant même que j’aie pu terminer de lui
retourner la politesse, il avait déjà retrouvé l’écran du portable.
« Je termine un article sur l’esprit du hacking, dit-il sans cesser
de taper. Regardez. »
Je lus. La pièce était faiblement éclairée, et il me fallut un
moment pour m’habituer au texte d’un vert blanchi sur fond noir,
les couleurs étant inversées par rapport à l’affichage de rigueur
dans la plupart des traitements de texte. Il s’agissait du compte
rendu d’un dîner récent, dans un restaurant coréen. Avant le repas,
Stallman avait remarqué que la personne ayant dressé la table
avait laissé devant la place de Stallman six baguettes, au lieu des
deux habituelles. La plupart des gens auraient fait fi des deux
paires supplémentaires, mais Stallman avait préféré trouver une
façon d’utiliser les six baguettes en même temps. Une solution qui,
comme bien des programmes de hackers, était tout aussi ridicule
qu’originale et illustrait son propos.
Alors que je lisais l’extrait, je sentis qu’il me regardait, absorbé. Je relevai la tête et lus sur son visage un demi-sourire, fier
85
penchant culturel pour la cupidité et l’égoïsme, Stallman se débrouillait dans une ville où la moindre maisonnette valait autour
d’un demi-million de dollars.
Je suivis les indications fournies par Stallman et arrivai au siège
de Art.net, « Association d’artistes virtuels » à but non lucratif.
Situées dans une maison bordée de haies dans un coin du nord de la
ville, les installations de Art.net avaient un petit côté plaisamment
déglingué. Que Stallman soit venu se tapir au fin fond de la Silicon
Valley sembla soudain une idée moins surprenante.
Je le trouvai assis dans une pièce sombre, pianotant sur son
ordinateur portable gris. Dès que j’entrai, il me fixa avec toute
l’intensité des deux cents watts de son regard. Il m’offrit un « bonjour » réconfortant mais avant même que j’aie pu terminer de lui
retourner la politesse, il avait déjà retrouvé l’écran du portable.
« Je termine un article sur l’esprit du hacking, dit-il sans cesser
de taper. Regardez. »
Je lus. La pièce était faiblement éclairée, et il me fallut un
moment pour m’habituer au texte d’un vert blanchi sur fond noir,
les couleurs étant inversées par rapport à l’affichage de rigueur
dans la plupart des traitements de texte. Il s’agissait du compte
rendu d’un dîner récent, dans un restaurant coréen. Avant le repas,
Stallman avait remarqué que la personne ayant dressé la table
avait laissé devant la place de Stallman six baguettes, au lieu des
deux habituelles. La plupart des gens auraient fait fi des deux
paires supplémentaires, mais Stallman avait préféré trouver une
façon d’utiliser les six baguettes en même temps. Une solution qui,
comme bien des programmes de hackers, était tout aussi ridicule
qu’originale et illustrait son propos.
Alors que je lisais l’extrait, je sentis qu’il me regardait, absorbé. Je relevai la tête et lus sur son visage un demi-sourire, fier
85
