314
central (anciennement la machine à vapeur). La formalisation du concept de technologie
générique a été développée au cours d’une période de doute sur le potentiel économique
associé au progrès et au déploiement des technologies de l’information et de la communication
(TIC) alors que ces technologies avaient suscité beaucoup d’attentes. Ce doute s’était
notamment exprimé par le désormais célèbre paradoxe de Solow
34 : « Nous voyons les
ordinateurs partout autour de nous, sauf dans les statistiques de productivité ». Face à ce
constat, la formalisation du concept de technologie générique a alors mis en évidence que, si
l’ordinateur est l’équivalent d’un vélo pour l’esprit
35
, encore faut-il apprendre à pédaler. En
d’autres termes, la diffusion des TIC ne suffit pas, il faut que des co-inventions par les
utilisateurs se développent pour exploiter le potentiel de ces technologies. Ce n’est en effet
qu’après 1995 que la croissance du PIB et de la productivité s’est accélérée aux États-Unis
36 et
s’est propagée dans les secteurs utilisateurs intensifs où des investissements en formation et en
capital organisationnel ont été nécessaires pour justement apprendre à utiliser ces nouveaux
outils
37
. Cette approche permet donc d’expliquer en partie certaines dynamiques économiques
mais elle éclaire aussi certaines divergences entre pays. Des études ont en effet montré que
l’Europe a moins profité du développement des TIC que les États-Unis du fait à la fois d’un
poids du secteur TIC plus faible et d’une moins bonne performance des secteurs de services
intensifs en TIC
38
. Plusieurs facteurs (comme la taille du marché, la fragmentation linguistique, la
régulation du marché du travail ou des biens et services par exemple) ont été avancés pour
expliquer cette moindre capacité à développer et utiliser les TIC en Europe et ces analyses
peuvent certainement apporter des enseignements pour le développement de l’IA en Europe.
L’Intelligence artificielle, une technologie générique ?
Un certain nombre d’éléments laisse penser qu’il serait pertinent de considérer l’intelligence
artificielle sous l’angle d’une technologie générique pour étudier son impact sur l’économie et
l’emploi. En premier lieu, il semble que ces dernières années le développement de l’IA bénéficie
d’une forte accélération faisant suite : i) à la baisse du coût de la puissance de calcul parallèle ;
ii) à l’accès à de grandes bases de données ; iii) à de nouveaux algorithmes tirant parti des deux
développements précédents. Différentes études ont aussi mis en évidence le potentiel
d’utilisation de l’IA dans de multiples secteurs, que ce soit dans la santé, le transport, la
distribution ou dans l’industrie. Enfin, il paraît assez intuitif que le déploiement de l’IA ne se fera
pas uniquement par des investissements dans la technologie mais nécessitera de lourds
34 Robert Solow dans une declaration pour le New York Times Book Review, 12 juillet 1987.
35 Steve Jobs: “What a computer is to me is the most remarkable tool that we have ever come up with. It’s the
equivalent of a bicycle for our minds.” Memory and Imagination: New Pathways to the Library of Congress.
36 Jorgenson, Ho et Stiroh, 2008 « A retrospective look at the US productivity growth resurgence », Journal of
economic perspective; Cette, Mairesse, Kocoglu, 2009, “La productivité en France, au Japon, aux Etats-unis et au
Royaume-uni au cours du XXème siècle” Revue de l’OFCE.
37 Brynjolfsson et Saunders 2009, “Wired for information: how information technology is reshaping the economy”
the MIT press.
38 Van Ark, Inklaar, Guckin, 2008, “The productivity gap between Europe and the United-States: trends and causes”,
Journal of economic perspective; Dimelis et Popaioanou, 2010 « ICT growth effects at the industry level: a
comparison between the US and the EU” Information economics and policy.
central (anciennement la machine à vapeur). La formalisation du concept de technologie
générique a été développée au cours d’une période de doute sur le potentiel économique
associé au progrès et au déploiement des technologies de l’information et de la communication
(TIC) alors que ces technologies avaient suscité beaucoup d’attentes. Ce doute s’était
notamment exprimé par le désormais célèbre paradoxe de Solow
34 : « Nous voyons les
ordinateurs partout autour de nous, sauf dans les statistiques de productivité ». Face à ce
constat, la formalisation du concept de technologie générique a alors mis en évidence que, si
l’ordinateur est l’équivalent d’un vélo pour l’esprit
35
, encore faut-il apprendre à pédaler. En
d’autres termes, la diffusion des TIC ne suffit pas, il faut que des co-inventions par les
utilisateurs se développent pour exploiter le potentiel de ces technologies. Ce n’est en effet
qu’après 1995 que la croissance du PIB et de la productivité s’est accélérée aux États-Unis
36 et
s’est propagée dans les secteurs utilisateurs intensifs où des investissements en formation et en
capital organisationnel ont été nécessaires pour justement apprendre à utiliser ces nouveaux
outils
37
. Cette approche permet donc d’expliquer en partie certaines dynamiques économiques
mais elle éclaire aussi certaines divergences entre pays. Des études ont en effet montré que
l’Europe a moins profité du développement des TIC que les États-Unis du fait à la fois d’un
poids du secteur TIC plus faible et d’une moins bonne performance des secteurs de services
intensifs en TIC
38
. Plusieurs facteurs (comme la taille du marché, la fragmentation linguistique, la
régulation du marché du travail ou des biens et services par exemple) ont été avancés pour
expliquer cette moindre capacité à développer et utiliser les TIC en Europe et ces analyses
peuvent certainement apporter des enseignements pour le développement de l’IA en Europe.
L’Intelligence artificielle, une technologie générique ?
Un certain nombre d’éléments laisse penser qu’il serait pertinent de considérer l’intelligence
artificielle sous l’angle d’une technologie générique pour étudier son impact sur l’économie et
l’emploi. En premier lieu, il semble que ces dernières années le développement de l’IA bénéficie
d’une forte accélération faisant suite : i) à la baisse du coût de la puissance de calcul parallèle ;
ii) à l’accès à de grandes bases de données ; iii) à de nouveaux algorithmes tirant parti des deux
développements précédents. Différentes études ont aussi mis en évidence le potentiel
d’utilisation de l’IA dans de multiples secteurs, que ce soit dans la santé, le transport, la
distribution ou dans l’industrie. Enfin, il paraît assez intuitif que le déploiement de l’IA ne se fera
pas uniquement par des investissements dans la technologie mais nécessitera de lourds
34 Robert Solow dans une declaration pour le New York Times Book Review, 12 juillet 1987.
35 Steve Jobs: “What a computer is to me is the most remarkable tool that we have ever come up with. It’s the
equivalent of a bicycle for our minds.” Memory and Imagination: New Pathways to the Library of Congress.
36 Jorgenson, Ho et Stiroh, 2008 « A retrospective look at the US productivity growth resurgence », Journal of
economic perspective; Cette, Mairesse, Kocoglu, 2009, “La productivité en France, au Japon, aux Etats-unis et au
Royaume-uni au cours du XXème siècle” Revue de l’OFCE.
37 Brynjolfsson et Saunders 2009, “Wired for information: how information technology is reshaping the economy”
the MIT press.
38 Van Ark, Inklaar, Guckin, 2008, “The productivity gap between Europe and the United-States: trends and causes”,
Journal of economic perspective; Dimelis et Popaioanou, 2010 « ICT growth effects at the industry level: a
comparison between the US and the EU” Information economics and policy.
