313
Ces propriétés sont alors capables de générer une spirale vertueuse entre les producteurs et les
utilisateurs de la technologie. Bresnahan et Trajtenberg
30 montrent en effet que les technologies
vérifiant ces propriétés sont à même de devenir des moteurs de croissance par l’existence
d’interactions entre les producteurs et les utilisateurs. En particulier, ils décrivent deux types
d’externalités qui engendrent une complémentarité entre les innovations des producteurs (les
inventions) et celles liées à l’adoption de la technologie par les utilisateurs (les co-inventions), et
entre les co-inventions elles-mêmes
31
.
D’un côté, l’innovation du producteur de technologie générique génère des opportunités
d’innovation chez les utilisateurs. Par exemple, le développement de l’IA pour le véhicule
autonome peut conduire le secteur des transports à la création de nouveaux services de
transport « intelligents à la carte ». En retour, les innovations chez les utilisateurs, qui
augmentent les rendements d’utilisation de la technologie générique, vont accroître la demande
pour ces technologies, donc les incitations à innover chez le producteur, les autres utilisateurs
bénéficiant alors de ces nouvelles innovations induites. Si l’on reprend notre exemple du
véhicule autonome, plus on aura inventé de façons d’utiliser le véhicule autonome, plus le
marché sera important et plus il sera rentable pour les concepteurs de véhicules autonomes
d’investir en recherche afin d’accroître leur performance, ce qui bénéficiera en retour aux
utilisateurs.
Ces externalités spécifiques au concept de technologie générique impliquent que les
rendements sociaux des investissements dans ces technologies sont supérieurs aux
rendements privés, et cela de façon plus importante que dans le cas des innovations
traditionnelles. En contrepartie, elles révèlent que des investissements complémentaires à ceux
dans la technologie génériques sont nécessaires. Les utilisateurs doivent en effet investir (se
former, se réorganiser, voire même faire de la recherche) pour être capables d’utiliser au mieux
le potentiel de la technologie (en inventant de nouveaux usages).
Le déploiement des technologies génériques : un temps pour semer, un temps pour
récolter
32
Ces théories ont largement été développées et utilisées pour analyser l’impact économique de
chocs technologiques historiques et en particulier pour expliquer les délais de leurs impacts.
Paul David
33 par exemple rappelle que dans un premier temps la dynamo, inventée en 1900, n’a
fait que remplacer la machine à vapeur sur les sites de production. Ce n’est que dans les
années 1920, après l’invention du moteur unitaire (placé individuellement sur chaque machine),
que les effets sur la productivité sont apparus. Grâce à cette « co-invention », les chaînes de
production ont pu être réorganisées de façons beaucoup plus efficientes puisqu’il n’était plus
nécessaire de disposer les machines le long d’un arbre de transmission alimenté par un moteur
30 Ibid.
31 Ces complémentarités caractérisent les secteurs producteurs et utilisateurs comme des compléments
stratégiques (Bulow et al., 1985).
32 Helpman et Trajtenberg (1994), “A time to sow and time to reap: Growth based on general purpose
technologies”, National Bureau of Economic Research.
33 Paul David (1991), “The computer and the dynamo: An historical perspective on the modern productivity
paradox”, The American Economic Review.
Ces propriétés sont alors capables de générer une spirale vertueuse entre les producteurs et les
utilisateurs de la technologie. Bresnahan et Trajtenberg
30 montrent en effet que les technologies
vérifiant ces propriétés sont à même de devenir des moteurs de croissance par l’existence
d’interactions entre les producteurs et les utilisateurs. En particulier, ils décrivent deux types
d’externalités qui engendrent une complémentarité entre les innovations des producteurs (les
inventions) et celles liées à l’adoption de la technologie par les utilisateurs (les co-inventions), et
entre les co-inventions elles-mêmes
31
.
D’un côté, l’innovation du producteur de technologie générique génère des opportunités
d’innovation chez les utilisateurs. Par exemple, le développement de l’IA pour le véhicule
autonome peut conduire le secteur des transports à la création de nouveaux services de
transport « intelligents à la carte ». En retour, les innovations chez les utilisateurs, qui
augmentent les rendements d’utilisation de la technologie générique, vont accroître la demande
pour ces technologies, donc les incitations à innover chez le producteur, les autres utilisateurs
bénéficiant alors de ces nouvelles innovations induites. Si l’on reprend notre exemple du
véhicule autonome, plus on aura inventé de façons d’utiliser le véhicule autonome, plus le
marché sera important et plus il sera rentable pour les concepteurs de véhicules autonomes
d’investir en recherche afin d’accroître leur performance, ce qui bénéficiera en retour aux
utilisateurs.
Ces externalités spécifiques au concept de technologie générique impliquent que les
rendements sociaux des investissements dans ces technologies sont supérieurs aux
rendements privés, et cela de façon plus importante que dans le cas des innovations
traditionnelles. En contrepartie, elles révèlent que des investissements complémentaires à ceux
dans la technologie génériques sont nécessaires. Les utilisateurs doivent en effet investir (se
former, se réorganiser, voire même faire de la recherche) pour être capables d’utiliser au mieux
le potentiel de la technologie (en inventant de nouveaux usages).
Le déploiement des technologies génériques : un temps pour semer, un temps pour
récolter
32
Ces théories ont largement été développées et utilisées pour analyser l’impact économique de
chocs technologiques historiques et en particulier pour expliquer les délais de leurs impacts.
Paul David
33 par exemple rappelle que dans un premier temps la dynamo, inventée en 1900, n’a
fait que remplacer la machine à vapeur sur les sites de production. Ce n’est que dans les
années 1920, après l’invention du moteur unitaire (placé individuellement sur chaque machine),
que les effets sur la productivité sont apparus. Grâce à cette « co-invention », les chaînes de
production ont pu être réorganisées de façons beaucoup plus efficientes puisqu’il n’était plus
nécessaire de disposer les machines le long d’un arbre de transmission alimenté par un moteur
30 Ibid.
31 Ces complémentarités caractérisent les secteurs producteurs et utilisateurs comme des compléments
stratégiques (Bulow et al., 1985).
32 Helpman et Trajtenberg (1994), “A time to sow and time to reap: Growth based on general purpose
technologies”, National Bureau of Economic Research.
33 Paul David (1991), “The computer and the dynamo: An historical perspective on the modern productivity
paradox”, The American Economic Review.
