78 – 5. SUISSE : LES EFFETS DE LA PRODUCTION LAITIÈRE SUR L’ENVIRONNEMENT
LES LIENS ENTRE LES POLITIQUES AGRICOLES ET LEURS EFFETS SUR L’ENVIRONNEMENT - OCDE 2010
rentabilité des deux cultures, et plus particulièrement dans le cas des céréales cultivées
sur les meilleures terres (pour de plus amples précisions, se reporter à Lankoski et
Ollikainen, 2003). On en conclut donc que la norme sur l’azote a pour effet d’accroître les
superficies consacrées à la production d’ensilage, ce qui est en cohérence avec les
conclusions des études précédemment réalisées et présentées dans le chapitre 3, selon
lesquelles la réaction à la norme est une modification des assolements.
En résumé, l’imposition d’une norme contraignante sur l’azote, modulable en
fonction de la qualité, a les conséquences suivantes. Lorsque
M
wH < , la production de
lait demeure inchangée, tandis que des changements interviennent au niveau des
productions végétales. Le rayon critique permettant de désigner les parcelles qui
recevront des effluents ou des engrais chimiques est prolongé en faveur des apports des
premiers, et la superficie allouée à la production d’ensilage est augmentée. Si
M
wH > ,
le moyen d’adaptation choisi dépend des coûts relatifs. Dans l’hypothèse où le transport
des effluents est la solution la moins coûteuse pour gérer les excédents, on observe que la
production laitière reste inchangée, que la consommation d’engrais diminue, et que le
transport des excédents impose à l’agriculteur un coût forfaitaire supplémentaire ainsi que
la décision d’allouer une surface plus importante à la production d’ensilage.
Considérons enfin l’impact, sur la fertilisation, d’une norme sur le phosphore. On
suppose que l’agriculteur épand sur certaines parcelles un engrais chimique de type NP.
On suppose par ailleurs que cet agriculteur peut ajouter de l’azote pur pour compenser la
baisse des apports d’engrais NP. Étant donné que cet azote supplémentaire peut être
épandu en même temps que l’engrais NP, les effets de la norme sur la consommation
d’engrais demeurent relativement faibles. S’il est impossible d’ajouter de l’azote, les
coûts s’accroissent, tout en restant cependant plus faibles que dans le cas où l’on apporte
du fumier.
Dans le cas du phosphore, l’impact de la norme sur la gestion des effluents est plus
compliqué que dans celui de l’azote, car la teneur des effluents en phosphore est plus
faible que celle en azote et, par conséquent, limiter les apports de phosphore a pour effet
de réduire les apports de fumier davantage que ne le fait une limitation des apports
d’azote (sous réserve, naturellement, que cette restriction ne soit pas trop forte). En
l’absence de toute autre source d’azote, la norme sur le phosphore crée de facto une
norme contraignante pour l’agriculteur qui est concerné par les apports d’azote. Cet
aspect est analysé dans les équations (2) – (4). La seule différence par rapport à l’analyse
présentée ci-dessus est que, dans ce cas, la restriction est plus sévère et que la baisse des
profits est plus marquée. Néanmoins, l’agriculteur a la possibilité d’ajouter de l’azote
chimique pour compenser la diminution des apports de fumier. Du point de vue
technique, la fertilisation chimique diffère de l’épandage de fumier. L’ajout d’azote
chimique entraîne des coûts supplémentaires et, de ce fait, n’est pas nécessairement
rentable en pratique.
Il ressort de cette analyse que l’impact des mesures relatives à la gestion des effluents
dépend beaucoup des coûts relatifs des différentes stratégies choisies pour satisfaire à des
normes plus strictes. Dès lors que la structure des coûts des exploitations laitières est
hétérogène, tous les types de stratégie peuvent être employés : réduction du nombre
d’animaux en production, modification de la ration alimentaire, et adaptation de la
gestion des effluents avec, parallèlement, une modification des assolements.
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