5. SUISSE : LES EFFETS DE LA PRODUCTION LAITIÈRE SUR L’ENVIRONNEMENT – 69
LES LIENS ENTRE LES POLITIQUES AGRICOLES ET LEURS EFFETS SUR L’ENVIRONNEMENT - OCDE 2010
Chapitre 5
Suisse : les effets de la production laitière sur l’environnement
Ce chapitre propose un modèle de production laitière conçu pour correspondre à
l’approche globale adoptée pour le SAPIM. Dans le modèle de production, l’agriculteur
type maximise les recettes qu’il tire de sa production laitière en tenant compte des
mesures de gestion du fumier. L’objectif étant d’analyser les politiques en vigueur, la
complexité de la production laitière est décrite de manière simplifiée à l’aide d’une
fonction concave de réaction des producteurs laitiers et de deux intrants variables. La
production laitière est liée aux décisions d’assolement, car l’agriculteur a toujours la
possibilité soit de cultiver des plantes fourragères pour nourrir son bétail, soit de pratiquer
des cultures destinées à la vente, soit encore d’opter pour la production simultanée de ces
deux types de cultures. Le fumier, qui est un sous-produit de l’élevage laitier, peut être
utilisé comme fertilisant pour les productions végétales.
Les pouvoirs publics restreignent l’utilisation du fumier et des engrais chimiques par
le secteur agricole en imposant des normes, soit sur l’azote, soit sur le phosphore. Les
motifs invoqués de ce recours à la normalisation sont le plus souvent justifiés par des
préoccupations d’ordre écologique. Dans le cas de l’azote, des normes sont fixées à partir
du moment où le lessivage de cet élément vers les eaux souterraines, qu’il provienne des
cultures ou de l’élevage, est tellement excessif que le prélèvement d’eau à des fins de
consommation met en danger la santé de la population. À l’inverse, les normes sur le
phosphore sont généralement appliquées lorsque le ruissellement vers les eaux de surface
dégrade la qualité de l’eau et conduit à son eutrophisation et à des proliférations d’algues.
Schnitkey et Miranda (1993) proposent une analyse des mesures concernant le
phosphore au niveau de l’exploitation. Leur modèle comporte des éléments dynamiques
et des éléments spatiaux. Une analyse dynamique est en effet nécessaire car, s’agissant
des productions végétales, le phosphore a un comportement dynamique, en particulier du
fait que le rendement des cultures dépend de l’état du phosphore du sol, lequel évolue
lentement et est fonction des apports antérieurs. Pour analyser cette dynamique du
phosphore, Schnitkey et Miranda imposent une fonction d’accumulation du phosphore
qui lie les quantités d’utilisation courantes à l’accumulation de phosphore dans le sol. La
dimension spatiale est prise en compte pour refléter l’augmentation des coûts de transport
du fumier, puisque ces mesures imposent que les quantités de fumier produites ne soient
pas supérieures aux capacités d’épandage. Schnitkey et Miranda calculent l’optimum à
l’état d’équilibre pour l’exploitation laitière, sous la contrainte que les quantités de
phosphore utilisées n’excèdent pas la norme définie, soit au niveau de la parcelle, soit au
niveau de l’ensemble de l’exploitation. Ils montrent qu’il existe un rayon critique pour
lequel il y a égalité entre les profits tirés de l’utilisation d’effluents et ceux dégagés par
l’épandage d’engrais chimiques commerciaux. Alors que le fumier est épandu en-deçà de
ce rayon, les engrais chimiques le sont au-delà de ce rayon. Ces auteurs observent que ni
le contrôle point par point, qui limite le phosphore présent dans le sol à chaque
emplacement (parcelle), ni un contrôle au niveau de l’ensemble de l’exploitation, qui
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