3. EFFETS ENVIRONNEMENTAUX DES POLITIQUES AGRICOLES : ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE – 25
LES LIENS ENTRE LES POLITIQUES AGRICOLES ET LEURS EFFETS SUR L’ENVIRONNEMENT - OCDE 2010
plus bas en l’occurrence, tandis que la conversion des terres en forêts interviendrait à
partir de 25 USD. Le boisement est préféré à la conversion des terres arables en herbages
jusqu’à 125 USD par tonne. Lewandrowski et autres estiment aussi que le potentiel
économique de séquestration de carbone est inférieur au potentiel technique évalué par
ailleurs. Ainsi, en termes de potentiel économique, si l’on tient compte des modes de
décision des exploitants, il serait possible de fixer 28 millions de tonnes supplémentaires
au maximum moyennant l’adoption de façons culturales anti-érosives sur de nouvelles
terres au prix du carbone le plus élevé, soit 125 USD par tonne, alors que les pédologues
estiment qu’il serait techniquement possible de fixer jusqu’à 107 millions de tonnes de
carbone supplémentaires grâce à ces mêmes techniques culturales.
Dans les études de McCarl et Schneider (2001) et de McCarl et autres (2003), les
agriculteurs peuvent adapter l’utilisation des terres, le choix des cultures et les pratiques
de conduite de manière à augmenter les volumes de carbone fixé, à réduire les émissions
de GES (CO 2 , CH 4 et N 2 O, par exemple) ou à accroître les cultures énergétiques destinées
à la production d’agrocarburants. Le modèle ASMGHG (modèle de programmation
mathématique de l’équilibre spatial et du marché) décrit la production et la
consommation, dans 63 régions des États-Unis, de 22 produits végétaux classiques, de
trois plantes énergétiques dédiées, de 29 produits animaux, et de plus de 60 produits
agricoles transformés. L’étude s’appuie sur le modèle biophysique EPIC
(« Environmental Policy Integrated Climate ») pour calculer les variations de la fixation
du carbone selon les modalités de conduite des cultures. Les auteurs simulent le
versement d’une subvention lorsque les agriculteurs passent à des activités qui réduisent
les émissions de GES et la perception d’une taxe lorsqu’ils passent à des activités qui les
accroissent. Pour un prix du carbone fixé à 9.60 USD, 48.10 USD, 96.20 USD et
480.80 USD par tonne, le volume net fixé est de 51.80, 146.40, 238.50 et 395.50 millions
de tonnes respectivement, tandis que la réduction nette des émissions de GES équivaut à
53.90, 154.10, 255.70 et 425.90 millions de tonnes respectivement. Du point de vue de la
répartition entre les différentes possibilités de diminution du volume des gaz à effet de
serre, si le prix du carbone est bas, le piégeage dans les sols, le boisement et la réduction
des émissions de CH 4 et de N 2 O prévalent parmi les activités d’atténuation, tandis que s’il
est élevé, ce sont essentiellement le boisement et la production de biocarburants qui sont
préférés. Quel que soit le prix retenu, les activités de réduction des émissions de CH 4 et
de N 2 O contribuent relativement peu à l’atténuation des GES.
Collectivement, les études disponibles indiquent que le potentiel économique du
secteur agricole en matière d’accroissement des volumes de carbone fixé est sensiblement
inférieur aux quantités jugées techniquement possibles dans les évaluations pédologiques.
La divergence la plus nette entre les études pédologiques et les études économiques
concerne la conversion de terres arables en herbages permanents. À l’échelle nationale,
Eve et autres (2000) estiment le potentiel technique de cette conversion entre 26 et
54 millions de tonnes de carbone par an. En revanche, il ressort des évaluations
économiques effectuées par Antle et autres et McCarl et Schneider que la fixation de
carbone par le biais d’un changement d’affectation des terres ne serait pas aussi
compétitif que d’autres moyens de séquestration.
Les études publiées indiquent que la panoplie d’activités de séquestration du carbone
la plus rentable du point de vue économique sera fonction du montant des paiements
offerts à ce titre (ou du volume total à séquestrer défini par le programme). Dans toutes
les études, les changements de pratiques de production (expansion de la culture sans
labour et rotations favorables au piégeage du carbone, par exemple) prévalent parmi les
réponses du secteur agricole lorsque les paiements sont très modestes. Le boisement
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