24 – 3. EFFETS ENVIRONNEMENTAUX DES POLITIQUES AGRICOLES : ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE
LES LIENS ENTRE LES POLITIQUES AGRICOLES ET LEURS EFFETS SUR L’ENVIRONNEMENT - OCDE 2010
Émissions de gaz à effet de serre
1
Plusieurs études récentes avaient pour but d’estimer les effets potentiels, sur le secteur
agricole, des stratégies destinées à accroître la quantité de carbone fixée dans les sols et la
biomasse agricoles. L’approche générale consiste à construire une situation hypothétique
dans laquelle les agriculteurs sont rémunérés pour modifier leurs pratiques de gestion des
terres et/ou de production de manière à stocker davantage de carbone dans les sols et la
biomasse.
Antle et autres étudient séparément la conversion de terres arables en herbages et la
réduction des jachères d’été. Trois de leurs résultats retiennent l’attention. Premièrement,
si l’on tient compte du coût, supprimer les jachères d’été se révèle être une méthode
efficace pour fixer le carbone, ce qui n’est pas le cas de l’extension des herbages (du
moins dans l’est du Montana). Dans une simulation sur vingt ans, séquestrer environ
7 millions de tonnes de carbone en augmentant la superficie des herbages nécessite le
versement d’un loyer annuel de 51.77 USD par acre et coûte à l’État 3.15 milliards USD
(sans actualisation), soit plus de quatorze fois le coût qu’il faudrait supporter en
accroissant les cultures permanentes. Deuxièmement, une stratégie globale d’atténuation
de l’effet de serre peut comprendre des activités piègeant des quantités relativement
faibles de carbone, mais pour un coût très bas. Si l’on retient le montant des paiements les
plus élevés, passer de la rotation cultures-jachère à des cultures continues permet de
séquestrer moins de 19 millions de tonnes sur la période considérée (20 ans). Bien que ce
volume ne représente qu’une partie du potentiel de fixation du boisement, les deux tiers,
soit à peu près 12 millions de tonnes, pourraient être obtenus moyennant un paiement
annuel de 8 USD par acre. Enfin, pour une activité donnée, le coût du piégeage du
carbone peut varier considérablement au sein d’une même région en raison des
caractéristiques biophysiques et économiques locales. Les décideurs publics peuvent ainsi
se rendre compte que des économies peuvent être réalisées si les mesures en faveur de la
séquestration du carbone sont suffisamment souples pour tirer parti de l’hétérogénéité des
situations locales dans chaque région.
Certaines études présentent des évaluations plus complètes dans lesquelles la
séquestration du carbone ne constitue qu’une partie des possibilités globales d’atténuation
de l’effet de serre de l’agriculture (Lewandrowski et autres, 2004 ; McCarl et
Schneider, 2001 ; McCarl et autres, 2003).
Lewandrowski et autres utilisent le modèle d’équilibre spatial et des marchés USMP
(U.S. Agricultural Sector Model), construit pour étudier un large éventail de questions
économiques, environnementales et d’action publique concernant l’agriculture aux
États-Unis. Leurs simulations prévoient le versement d’incitations financières, au titre de
la séquestration du carbone, aux propriétaires fonciers qui modifient l’utilisation de leurs
terres (conversion de terres arables en forêts ou en herbages) ou leurs pratiques de gestion
des terres arables (adoption de façons culturales anti-érosives ou rotations des cultures
différentes). Leurs principales conclusions sont les suivantes : (i) d’après les estimations
du modèle de l’ERS, au prix de 10 USD par tonne de carbone fixé indéfiniment, entre 0.4
et 10 millions de tonnes pourraient être séquestrées chaque année moyennant les
changements d’affectation des terres ou les pratiques de gestion analysés ; au prix de
125 USD par tonne, entre 72 et 160 millions de tonnes pourraient être fixées, soit
l’équivalent de 4 à 8 % des émissions brutes de GES des États-Unis en 2001 ; (ii) la
faisabilité économique des différents modes de fixation étudiés est déterminée par le prix
du carbone ; ainsi, la gestion des terres (en premier lieu les façons culturales
anti-érosives) est adoptée dès 10 USD par tonne séquestrée indéfiniment, soit le prix le
LES LIENS ENTRE LES POLITIQUES AGRICOLES ET LEURS EFFETS SUR L’ENVIRONNEMENT - OCDE 2010
Émissions de gaz à effet de serre
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Plusieurs études récentes avaient pour but d’estimer les effets potentiels, sur le secteur
agricole, des stratégies destinées à accroître la quantité de carbone fixée dans les sols et la
biomasse agricoles. L’approche générale consiste à construire une situation hypothétique
dans laquelle les agriculteurs sont rémunérés pour modifier leurs pratiques de gestion des
terres et/ou de production de manière à stocker davantage de carbone dans les sols et la
biomasse.
Antle et autres étudient séparément la conversion de terres arables en herbages et la
réduction des jachères d’été. Trois de leurs résultats retiennent l’attention. Premièrement,
si l’on tient compte du coût, supprimer les jachères d’été se révèle être une méthode
efficace pour fixer le carbone, ce qui n’est pas le cas de l’extension des herbages (du
moins dans l’est du Montana). Dans une simulation sur vingt ans, séquestrer environ
7 millions de tonnes de carbone en augmentant la superficie des herbages nécessite le
versement d’un loyer annuel de 51.77 USD par acre et coûte à l’État 3.15 milliards USD
(sans actualisation), soit plus de quatorze fois le coût qu’il faudrait supporter en
accroissant les cultures permanentes. Deuxièmement, une stratégie globale d’atténuation
de l’effet de serre peut comprendre des activités piègeant des quantités relativement
faibles de carbone, mais pour un coût très bas. Si l’on retient le montant des paiements les
plus élevés, passer de la rotation cultures-jachère à des cultures continues permet de
séquestrer moins de 19 millions de tonnes sur la période considérée (20 ans). Bien que ce
volume ne représente qu’une partie du potentiel de fixation du boisement, les deux tiers,
soit à peu près 12 millions de tonnes, pourraient être obtenus moyennant un paiement
annuel de 8 USD par acre. Enfin, pour une activité donnée, le coût du piégeage du
carbone peut varier considérablement au sein d’une même région en raison des
caractéristiques biophysiques et économiques locales. Les décideurs publics peuvent ainsi
se rendre compte que des économies peuvent être réalisées si les mesures en faveur de la
séquestration du carbone sont suffisamment souples pour tirer parti de l’hétérogénéité des
situations locales dans chaque région.
Certaines études présentent des évaluations plus complètes dans lesquelles la
séquestration du carbone ne constitue qu’une partie des possibilités globales d’atténuation
de l’effet de serre de l’agriculture (Lewandrowski et autres, 2004 ; McCarl et
Schneider, 2001 ; McCarl et autres, 2003).
Lewandrowski et autres utilisent le modèle d’équilibre spatial et des marchés USMP
(U.S. Agricultural Sector Model), construit pour étudier un large éventail de questions
économiques, environnementales et d’action publique concernant l’agriculture aux
États-Unis. Leurs simulations prévoient le versement d’incitations financières, au titre de
la séquestration du carbone, aux propriétaires fonciers qui modifient l’utilisation de leurs
terres (conversion de terres arables en forêts ou en herbages) ou leurs pratiques de gestion
des terres arables (adoption de façons culturales anti-érosives ou rotations des cultures
différentes). Leurs principales conclusions sont les suivantes : (i) d’après les estimations
du modèle de l’ERS, au prix de 10 USD par tonne de carbone fixé indéfiniment, entre 0.4
et 10 millions de tonnes pourraient être séquestrées chaque année moyennant les
changements d’affectation des terres ou les pratiques de gestion analysés ; au prix de
125 USD par tonne, entre 72 et 160 millions de tonnes pourraient être fixées, soit
l’équivalent de 4 à 8 % des émissions brutes de GES des États-Unis en 2001 ; (ii) la
faisabilité économique des différents modes de fixation étudiés est déterminée par le prix
du carbone ; ainsi, la gestion des terres (en premier lieu les façons culturales
anti-érosives) est adoptée dès 10 USD par tonne séquestrée indéfiniment, soit le prix le
