22 – 3. EFFETS ENVIRONNEMENTAUX DES POLITIQUES AGRICOLES : ÉTUDE BIBLIOGRAPHIQUE
LES LIENS ENTRE LES POLITIQUES AGRICOLES ET LEURS EFFETS SUR L’ENVIRONNEMENT - OCDE 2010
le taux de participation au CREP dans différents bassins versants de l’Illinois, d’une part,
et des solutions les moins onéreuses simulées faisant intervenir une représentation
hydrologique du transport des sédiments, d’autre part.
Wu et autres (2004) développent un modèle microéconomique intégrant des fonctions
de production environnementale pour analyser l’effet de paiements au titre des façons
culturales anti-érosives et de la rotation des cultures dans le bassin du Haut Mississipi.
Les auteurs indiquent les résultats obtenus avec différents paiements. Par exemple, une
aide de 20 USD/acre aboutirait à une réduction de l’érosion éolienne et de l’érosion
hydrique de 21 % et 10 %, respectivement.
Les études évoquées ci-dessus s’appuient sur des modèles de simulation pour évaluer
les impacts probables de mesures passées ou futures. Les dispositions analysées peuvent
être reliées directement aux modèles de processus utilisés, et lorsque tel n’est pas le cas,
elles sont simplement supposées régir l’évolution en cours de l’agriculture, sans que les
auteurs cherchent à démêler les facteurs relevant de l’action publique des autres causes.
Peu d’études a posteriori des effets de l’action publique ont été réalisées. Le
dépouillement opéré par Baldock et autres (2002) indique également comment les liens
avec les phénomènes environnementaux sont postulés. Ces phénomènes se sont
intensifiés au cours des années pendant lesquelles les politiques étudiées ont été
appliquées, mais de nombreux autres facteurs sont eux aussi à l’œuvre. Bien que ces
études suscitent intuitivement l’intérêt, le fait qu’aucun scénario n’envisage l’absence
d’intervention limite les conclusions qui peuvent en être retirées en ce qui concerne la
contribution spécifique de l’action publique à l’évolution de l’environnement.
L’étude de Goodwin et Smith (2003), qui donne lieu à une véritable analyse
a posteriori de l’impact de l’action publique sur l’érosion des sols, fait partie des rares
exceptions. Elle s’appuie sur des données transversales, à l’échelle des comtés, relatives à
la production agricole et à l’érosion des sols avant et après la mise en place du
Programme de mise en réserve des terres fragiles (CRP) et l’extension du programme
fédéral d’assurance-récolte après 1983, pour donner des estimations quantitatives des
effets de ces dispositifs sur la perte de sol. Les profils de l’érosion observés ont été
empruntés à l’inventaire des ressources nationales du ministère de l’Agriculture des
États-Unis. Les auteurs considèrent que les agriculteurs ont deux types de production :
leurs cultures et les terres soumises au CRP, chacune engendrant des recettes et des coûts
spécifiques. Cette étude confirme que le CRP a sensiblement réduit l’érosion, tandis que
les programmes fédéraux d’assurance-récolte et d’aide en cas de calamités ont
visiblement peu d’impact sur ce phénomène. Le soutien des revenus subordonné à la
production a quant à lui des retombées négatives considérables. Selon les auteurs, environ
la moitié de la réduction de l’érosion imputable au CRP est contrebalancée par
l’aggravation induite par l’augmentation des paiements au titre des programmes fédéraux
de soutien des revenus. Plus précisément, une hausse d’un point du pourcentage des
superficies soumises au CRP entraînerait une réduction de l’érosion de 0.28 tonne par
acre en moyenne. Inversement, une augmentation d’un point de la proportion des recettes
résultant des paiements directs aux agriculteurs l’accroîtrait de 0.125 tonne par acre.
Confirmant l’incidence du CRP, Kellogg et Wallace (1995) indiquent que ce programme
a joué un rôle dans la réduction de l’érosion de 395 millions de tonnes par an entre 1982
et 1992. Abstraction faite des dépenses au titre du CRP, Plantinga (1996) indique dans
une étude sur le Wisconsin que la diminution du soutien des prix du lait entraîne le
boisement de certaines terres agricoles marginales, ce qui se traduit par une réduction de
l’érosion.
Précédent

- 24/196

Suivant