1. INTRODUCTION – 13
LES LIENS ENTRE LES POLITIQUES AGRICOLES ET LEURS EFFETS SUR L’ENVIRONNEMENT - OCDE 2010
Chapitre 1
Introduction
L’agriculture a fait l’objet d’innombrables interventions de la part de l’État au cours
du demi-siècle écoulé, sans doute plus que tout autre secteur économique
(Robinson, 1989 ; Gardner, 1990). Le soutien de l’État, sous forme de prix garantis, de
subventions en faveur de l’achat d’intrants, de paiements compensatoires, de paiements à
la surface et d’indemnisations en cas de calamités agricoles, encourage et facilite les
investissements des agriculteurs dans le développement de leurs capacités de production.
Si ces évolutions ont bel et bien permis d’atteindre, entre autres, certains objectifs
nationaux de production, elles se sont toutefois accompagnées d’une intensification du
travail du sol, d’un accroissement de la consommation de produits agrochimiques et d’un
développement des capacités de production sur des terres marginales. Compte tenu des
retombées de la politique agricole sur la qualité des sols, de l’eau et des habitats naturels,
divers auteurs estiment qu’elle contribue à la dégradation de l’environnement
(Libby, 1985 ; Pierce, 1993 ; OCDE, 1989 ; Lewandrowski et autres, 1997). Néanmoins,
la politique agricole peut aussi avoir des répercussions positives sur l’environnement, par
exemple, les habitats semi-naturels et les paysages ouverts engendrés par l’agriculture, la
lutte contre les inondations et les sécheresses.
Cependant, décrire l’impact de la politique agricole sur l’environnement est très
difficile, car les actions prises en réponse à une mesure particulière, loin d’être isolées,
s’inscrivent dans un contexte socio-économique plus large et changeant. Pour mesurer
l’effet de la politique agricole sur l’environnement, la première étape consiste à établir le
lien entre la modification du comportement des agriculteurs vis-à-vis du milieu naturel et
la mesure à évaluer : comme de nombreux autres facteurs influent sur les décisions des
exploitants, il est essentiel de déterminer dans quelle mesure une incitation donnée a pu
encourager certains d’entre eux à faire un choix qu’ils n’auraient pas fait dans d’autres
circonstances. Dans un deuxième temps, il faut évaluer le rejaillissement sur la qualité de
l’environnement des actions engagées qui peuvent être imputées à une incitation offerte
par les pouvoirs publics (sans pour autant négliger le fait que d’autres facteurs ont eux
aussi une incidence sur le milieu) (Smith et Weinberg, 2004). Même en faisant
abstraction du contexte de l’action publique au sens large, la complexité de l’évaluation
des impacts de l’agriculture sur l’environnement est illustrée par Van der Werf et
Petit (2002), qui examinent douze méthodes, fondées sur des indicateurs, employées pour
mesurer les répercussions écologiques au niveau des exploitations.
Plus le rapport entre un instrument d’action et un phénomène observé dans
l’environnement est ténu, plus il est difficile d’évaluer la part du premier dans le second.
Par exemple, le rôle d’un paiement en faveur de façons culturales propices à la
conservation des sols dans une réduction effective de l’érosion des sols sera sans doute
plus facile à évaluer que celui de la libéralisation des échanges agricoles. Bon nombre des
évolutions qu’a connues l’agriculture et qui ont des répercussions sur l’environnement
pouvant être liées à des changements technologiques opérés sous l’effet de la concurrence
sur les marchés agricoles, il est encore plus délicat de démêler l’écheveau des incidences
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