2.5. Le rôle potentiel de la relativité d'échelle dans la morphogenèse du vivant
233
phénomènes aléatoires, considérés dans leur action collective à grande échelle
créent une régularité non aléatoire ».
La mise en évidence de la répartition log-périodique des événements
évolutifs majeurs des clades est une découverte qui montre la quasiuniversalité de certaines lois de structuration physique. Elle décrit à la fois
de nombreux systèmes physiques et des systèmes biologiques hiérarchiques
arborescents. Les événements sont possibles et plus probables à certaines
périodes, mais jamais obligatoires. Ils expriment ce que l'on appelle
« l'imprédictibilité », ou « l'imprédicibilité » du devenir des phénomènes,
que ce soient des vagues, des nuages, des flammes, la foudre ou ici de
l'évolution des espèces. Ils font partie de la contingence du phénomène
évolutif. Ces fluctuations tout à fait extrêmes s'expriment par des fonctions discontinues pressenties par Henri Poincaré : « le hasard résulte de
la complexité; quand les causes sont multiples d'imperceptibles perturbations
engendrent de grands effets. La moindre imprécision prend rapidement des
proportions énormes et rend illusoire une relation stricte de causes à effets ».
Cependant, malgré ce hasard difficilement prévisible, l'existence des lois
log-périodiques, inconnues à l'époque, montre une certaine prédictibilité
probabiliste des phénomènes.
• La découverte de la loi de structuration log-périodique
auto-organisatrice, une réponse à l'interrogation de Gould
C'est d'ailleurs ce que pressentait également Gould lorsqu'il écrivait 1 :
« la vie exhibe une structure obéissant aux principes de la physique ... Il y a des
lois pour le cadre général, des formes liées aux contraintes de construction et
fonctions des organismes, et la contingence pour le détail ». Gould se posait
d'ailleurs la question importante : « Où fallait-il placer les limites entre la
prédictibilité découlant des lois invariables et les multiples éventualités, de la
contingence historique ? » Pour Gould, « l'apparition de la vie était quasi-inévitable étant donné la composition de l'atmosphère et celle des océans primitifs
avec les principes physiques des systèmes capables d'auto-organisation ».
La loi log-périodique est donc une réponse explicite aux interrogations
de Gould. Elle montre que ce sont vraisemblablement des lois physiques
de prédictibilité probabiliste qui imposent des contraintes structurelles sousjacentes propres au vivant et que la contingence, plus ou moins forte selon
les circonstances spatio-temporelles externes du moment, vient interférer
avec ces lois en aboutissant à un compromis qui est celui de l'histoire
réelle des divers clades biologiques.
1. Voir Gould. 1991. La vie est belle. Les surprises de l'évolution. Seuil. Coll. «Science
Ouverte».
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