2.5. Le rôle potentiel de la relativité d 'échelle dans la morphogenèse du vivant
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ou qui restent en stase. Cela signifie que c'est sur la nature des événements
résultants que porte l'accélération, pas sur le taux de mutation. Il y a donc
deux interprétations possibles pour les accélérations de chronologie
évolutive observées.
L'une est que les événements correspondant aux sauts majeurs
répertoriés sont bien d'égale importance: c'est bien le cas, par exemple,
des changements de plan d'organisation des primates, identifiés par la
succession des contractions crânio-faciales de plus en plus fortes. Dans ce
cas, l'accélération de la chronologie des événements dans une tendance
évolutive soutenue, car retenue par la sélection naturelle, implique donc
que sur une lignée donnée accélérante, l'évolution se révèle de plus en
plus efficace, ici par une augmentation du cerveau, un peu à la façon
des gains de productivité en économie (voir le chap. suivant).
La seconde interprétation est que l'accélération à taux de mutation
constant correspond à des événements d'importance décroissante.
Notons néanmoins que même dans ce cas, un saut évolutif apparemment moins important d'un point de vue morphologique ou fonctionnel (qui sont les deux critères utilisés pour les définir) peut se révéler
d'importance majeure du point de vue de ses conséquences à plus long
terme (à l'exemple de l'émergence d'Homo sapiens).
Les mutations correspondant aux événements paléontologiques
étudiés sont vraisemblablement des mutations structurales de gènes
de régulation Hox. Or ces sauts majeurs qui interviennent le long d'une
lignée se réalisent à l'intérieur d'un plan d'organisation qui s'est élaboré par
une (ou plusieurs) mutation (s) de gènes Hox très innovantes. Ensuite les
mutations des gènes Hox et les autres, qui interviennent à l'intérieur de
ce plan, sont de moins en moins importantes au point de vue structurel.
Elles finissent par toucher des caractères mineurs, comme des nombres
de poils chez les arthropodes, mais qui peuvent cependant contribuer
à créer un isolement reproductif et donc une nouvelle espèce.
Dans l'histoire d'un groupe zoologique, on passerait donc d'une mutation
première majeure Hox constituant un nouveau plan d'organisation selon
des pics de probabilité, accélérés ou décélérés, selon leur position par
rapport au temps critique, à des mutations terminales touchant les variants
des caractères de plus en plus mineurs et de plus en plus spécialisées.
Rappelons que les mutations Hox interviennent généralement de façon
précoce dans le développement, alors que les mutations des caractères
simples sont plus tardives. Il y aurait peut-être alors, un déplacement temporel de l'importance des effets des mutations au cours du développement, un
peu à la façon de la colinéarité d'intervention des gènes Hox dans les séquences
du développement ?
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