Annexe 1
451
A1.1.3. Catastrophes
L’exemple type de catastrophe est l’accident de Tchernobyl, Ukraine (26 avril 1986). Il est
particulièrement intéressant d’analyser cet accident sous l’angle de sa gestion médicale
(Guskova, 2001). Les effets aigus des rayonnements ont causé 28 morts en quelques
semaines parmi le personnel de la centrale, les intervenants et les sauveteurs. Dix-neuf
transplantations de tissu hématopoïétique ont été tentées (13 transplantations de moelle et
6 de foie fœtal) chez des victimes souffrant d’aplasie médullaire compliquée par des
brûlures ; deux patients survécurent (Baranov, 1990 ; Gale, 1987). Parmi la population,
dans les régions particulièrement touchées par les retombées des premiers jours, un excès
de cancers de la thyroïde de l’enfant est apparu en 1991 (Williams, 1996). Entre 1990 et
1998, le nombre total de cancers de la thyroïde détectés en Ukraine, en Belarus et en
Russie chez les enfants qui avaient de moins de 18 ans en 1986 a été d’environ 1800
(Tronko, 1999 ; Ivanov, 1999 ; UNSCEAR, 2000). Ce chiffre correspond à une multiplication du taux naturel de ce cancer, très rare chez l’enfant, par un facteur entre 10 et 100.
Le nombre total de cancers de la thyroïde pourrait atteindre 10 000 cas en cas d’augmentation régulière avec le temps, mais il est impossible d’indiquer une valeur moyenne vraisemblable (Cardis, 1996 ; Nénot, 1996).
Les principales leçons sont les suivantes :
– Les espoirs mis dans les transplantations de moelle osseuse ont été déçus. Parmi les
raisons des échecs, il faut retenir que les expositions étaient hétérogènes et autorisaient
l’espoir d’une régénération spontanée de la moelle. Les transplantations de moelle ont des
indications limitées dans le traitement des irradiés accidentels.
– La gestion médicale d’un grand nombre de victimes est très délicate (237 diagnostics de
syndrome aigu d’irradiation ont été posés à Tchernobyl). Un des premiers problèmes qui
se pose est l’orientation des victimes vers des structures hospitalières adaptées. Il n’existe
pas de solution miracle : sans une préparation minutieuse et des plans d’urgence prenant
en compte des situations variées et vraisemblables, la situation n’est pas maîtrisable.
– La même remarque s’applique à la protection de la population. Confiner la population,
lui procurer dans des délais convenables de l’iode stable à titre prophylactique et mettre
en œuvre les moyens d’évacuation soulèvent des problèmes d’ordres logistique, social,
psychologique et économique.
– L’excès de cancers de la thyroïde chez les enfants aurait été évité si la population avait
bénéficié en temps voulu d’une distribution prophylactique d’iode stable ; la polémique
sur la réalité de ces cancers aurait aussi été évitée si des contrôles appropriés avaient été
effectués et les résultats des mesures rendus transparents. Les ressources diagnostiques et
thérapeutiques nécessaires pour traiter les malades sont considérables et requièrent un
engagement poursuivi.
A1.2. Accidents non reconnus d’emblée
Le nombre d’accidents dont l’origine radiologique est identifiée par hasard semble
augmenter de façon régulière. Il est permis de s’interroger sur le nombre d’accidents graves
dont la cause radiologique demeure inconnue et dont les conséquences sont attribuées à
des causes classiques. C’est souvent le caractère particulier des pathologies présentées par
les victimes qui permet aux médecins d’évoquer la cause radiologique de l’accident.
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A1.1.3. Catastrophes
L’exemple type de catastrophe est l’accident de Tchernobyl, Ukraine (26 avril 1986). Il est
particulièrement intéressant d’analyser cet accident sous l’angle de sa gestion médicale
(Guskova, 2001). Les effets aigus des rayonnements ont causé 28 morts en quelques
semaines parmi le personnel de la centrale, les intervenants et les sauveteurs. Dix-neuf
transplantations de tissu hématopoïétique ont été tentées (13 transplantations de moelle et
6 de foie fœtal) chez des victimes souffrant d’aplasie médullaire compliquée par des
brûlures ; deux patients survécurent (Baranov, 1990 ; Gale, 1987). Parmi la population,
dans les régions particulièrement touchées par les retombées des premiers jours, un excès
de cancers de la thyroïde de l’enfant est apparu en 1991 (Williams, 1996). Entre 1990 et
1998, le nombre total de cancers de la thyroïde détectés en Ukraine, en Belarus et en
Russie chez les enfants qui avaient de moins de 18 ans en 1986 a été d’environ 1800
(Tronko, 1999 ; Ivanov, 1999 ; UNSCEAR, 2000). Ce chiffre correspond à une multiplication du taux naturel de ce cancer, très rare chez l’enfant, par un facteur entre 10 et 100.
Le nombre total de cancers de la thyroïde pourrait atteindre 10 000 cas en cas d’augmentation régulière avec le temps, mais il est impossible d’indiquer une valeur moyenne vraisemblable (Cardis, 1996 ; Nénot, 1996).
Les principales leçons sont les suivantes :
– Les espoirs mis dans les transplantations de moelle osseuse ont été déçus. Parmi les
raisons des échecs, il faut retenir que les expositions étaient hétérogènes et autorisaient
l’espoir d’une régénération spontanée de la moelle. Les transplantations de moelle ont des
indications limitées dans le traitement des irradiés accidentels.
– La gestion médicale d’un grand nombre de victimes est très délicate (237 diagnostics de
syndrome aigu d’irradiation ont été posés à Tchernobyl). Un des premiers problèmes qui
se pose est l’orientation des victimes vers des structures hospitalières adaptées. Il n’existe
pas de solution miracle : sans une préparation minutieuse et des plans d’urgence prenant
en compte des situations variées et vraisemblables, la situation n’est pas maîtrisable.
– La même remarque s’applique à la protection de la population. Confiner la population,
lui procurer dans des délais convenables de l’iode stable à titre prophylactique et mettre
en œuvre les moyens d’évacuation soulèvent des problèmes d’ordres logistique, social,
psychologique et économique.
– L’excès de cancers de la thyroïde chez les enfants aurait été évité si la population avait
bénéficié en temps voulu d’une distribution prophylactique d’iode stable ; la polémique
sur la réalité de ces cancers aurait aussi été évitée si des contrôles appropriés avaient été
effectués et les résultats des mesures rendus transparents. Les ressources diagnostiques et
thérapeutiques nécessaires pour traiter les malades sont considérables et requièrent un
engagement poursuivi.
A1.2. Accidents non reconnus d’emblée
Le nombre d’accidents dont l’origine radiologique est identifiée par hasard semble
augmenter de façon régulière. Il est permis de s’interroger sur le nombre d’accidents graves
dont la cause radiologique demeure inconnue et dont les conséquences sont attribuées à
des causes classiques. C’est souvent le caractère particulier des pathologies présentées par
les victimes qui permet aux médecins d’évoquer la cause radiologique de l’accident.
