Perspectives pour un management en 2.0 119
à l’entreprise 2.0, et (3) mais le 2.0 n’est pas une question de
technologie, c’est une question d’état d’esprit »
34
.
Une troisième fausse évidence est liée à la place accordée à l’émergent : nous l’avons dit, la mise en réseau permet à des groupes
de se structurer progressivement, les folksonomies remplacent les
taxonomies et, plus généralement, les relations et les contenus sont
en co-évolution permanente d’une manière et à une échelle sans
précédent. Or l’émergent n’a pas que de bonnes propriétés. Les animateurs de débats, en ligne ou dans des espaces physiques, savent
depuis longtemps que les discussions doivent être structurées et que
les échanges ont besoin de modération. Revenons, à nouveau, aux
fondamentaux : émergent, informel, participatif, « bottom up » ne
sont pas synonymes. Si l’émergent est managé, alors il s’insère dans
un système de gouvernement au même titre que d’autres sources
ou leviers de connaissance et d’action. Il faut donc poser la question de l’émergent au second niveau. On peut, en effet, accepter
l’idée que des communautés « émergent », d’abord avec une structure basique. Cette structure de base correspondrait à une grammaire relationnelle minimale, faite d’ajustements mutuels encadrés
par les normes sociales en vigueur et par les normes d’échanges
imposées par la plateforme en support
35
. Mais ensuite, des structures plus sophistiquées peuvent être nécessaires : à nouveau, on
peut les penser comme une poursuite des processus émergents qui
ont matérialisé la première structure, mais on peut également supposer qu’en univers gouverné, c’est-à-dire, rappelons-le, dans un
espace non entièrement fait de communautés auto-organisées, une
certaine forme de régulation devra être conçue et mise en œuvre.
34 Sur la rhétorique et le management, voir notamment Laufer (2001).
35 Des grammaires relationnelles peuvent sembler non contraignantes parce que
très proches des formes usuelles de l’échange social au quotidien. Or une liste, un tableau,
un espace sur un écran pour écrire une phrase, des possibilités d’attacher un document
constituent des formes d’organisation de la pensée. À ce sujet, voir par exemple Goody
(1977).
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